Maman

J’étais en train d’écrire un roman inspiré par la jeunesse de mon père. Puis ma mère est morte. Et je n’ai pas pu continuer ce que j’avais commencé. Maman, il me fallait lui dire adieu.

Dire maman, une dernière fois. Lui écrire. Écrire sur elle.

Maman, point final.

Voilà.

28 réflexions au sujet de « Maman »

  1. Bonjour Isabelle.

    Merci pour votre livre vivant et émouvant.
    Votre texte est un acte généreux envers ceux que vous aimez, un chant, un cri bien sur et c’est aussi un acte altruiste envers tous vos lecteurs anonymes de le leur faire partager.
    Si j’avais votre adresse, pour vous remercier de ce cadeau, j’aurais aimé vous offrir un bouquet, car pour moi les livres et les fleurs sont les plus doux présents.
    Avec toute mon amitié ensoleillée.
    Catherine

  2. Livre très émouvant, qui prend aux tripes, pas très sympa pour les maisons de retraite, d’autant que je les vis au quotidien puisque j’y suis aide-soignante. Quelquefois d’accord avec vous mais pas toujours, une vision des choses parfois injuste…. Je côtoie la détresse tous les jours, celle des patients, des familles, je me pose sans cesse des questions, la fin de vie et la mort sont notre compagne, nous sommes avec des corps « cassés », « détruits », « anéantis », complètement « déformés », douloureux aussi, nous rentrons dans leur intimité la plus secrète, nous suivons des formations censées nous apporter des réponses favorables à nos actes, nous devons aider, rassurer, ne pas dissocier le corps de l’âme, chercher le peu de dignité qu’il reste au plus profond, nous discutons de « l’aide à mourir », de « l’euthanasie » pour être claire; nous rencontrons des personnes d’associations étonnantes d’humanisme, des médecins qui se battent pour en finir avec les « soins de base » et considérer la personne comme un être à part entière jusqu’à la fin…………. Notre métier n’est pas reconnu à sa juste valeur, nous sommes parfois débordés, et vous avez raison : certains professionnels n’ont rien à faire là-dedans… Mais d’autres, malgré les difficultés, savent tout affronter et se montrent très compétents, à l’écoute, patients, prévenants. Notre monde actuel nous impose d’aller toujours plus vite, et, je ne sais pas si vous l’avez remarqué, à l’heure des technologies modernes, on ne se parle plus ! La base de la communication qui est le langage parlé devient inexistante. Chaque fois que j’encadre un élève, je ne cesse de lui dire de parler. Même aux malades, surtout aux malades. On se doit d’expliquer aux gens ce qu’on va leur faire : les aider à manger, se laver, s’habiller, les emmener aux toilettes, les déplacer, les transporter avec tel ou tel appareil…. Même si on pense qu’ils ne comprennent plus. D’ailleurs, on n’en sait rien. J’ai été bouleversée par l’agression qu’a subie votre mère lors des changes de nuit. Manque de mots, échange sans nom, infantilisation, silence… C’est drôle, mais j’ai vraiment l’impression que ça ne se passe pas ainsi sur mon lieu de travail. Mes collègues de nuit veillent, parlent, accompagnent les plus souffrants avec un savoir-faire remarquable, aujourd’hui encore, une famille m’en a fait part. Je vois aussi des gens mal habillés, des gens qui ne s’expriment plus par la parole, des gens « faciles » à apprivoiser, sans famille pour réagir et se mettre en colère. J’interviens, je ne suis pas toujours entendue. J’écoute les familles, je les aide à « poser leurs mots », je prends des claques aussi, des vraies leçons de vie, j’aurais aimé avoir eu le privilège de soigner votre mère et de vous rencontrer, nous nous serions comprises et peut-être que votre culpabilité aurait un peu disparu. Bien sûr, mon travail me renvoie à ma propre image. Avec « Maman », j’ai revécu la mort de mon cher père. J’ai pleuré. Merci Isabelle, et grand merci à mon ado de 15 ans qui me l’a offert pour la fête des mères. Bernadette Rocher.

    • Merci, Bernadette, pour votre message. Il me touche. J’ai rencontré, heureusement, quelques personnes comme vous, qui sauvent l’Institution. C’est cette dernière que j’ai voulu dénoncer, ainsi que quelques personnes toxiques. Mais j’espère avoir réussi à faire passer mon admiration et ma tendresse pour les aides soignantes et certaines infirmières. Ici comme ailleurs, se côtoient le meilleur et le pire. Merci de faire partie de celles qui nous facilitent la vie et la fin de vie.

  3. Madame Alonso, bonjour.
    Dimanche 24 juin, à Vannes, j’ai eu le plaisir de vous écouter. Je connaissais un peu la chroniqueuse. J’ai découvert l’écrivain dans « Maman ». Le titre m’a sauté au visage. Votre dédicace m’a émue. Je n’ai pu cacher mes larmes. La lecture de votre livre m’a remué. J’ai perdu ma mère en 1955. J’avais sept ans. Rien n’a jamais comblé son absence. Merci pour ce témoignage écrit avec spontanéité et plein de vie.
    Claude

  4. Bonjour Isabelle,

    Votre mère était une de ces femmes admirables que j’aime tant, una irredenta…! Quelle noblesse, quelle force, quelle grandeur se dégagent de leur regard et de leur personne, pour fragiles et chétives qu’elles soient !

    Sincèrement.

    HP

  5. Muchas grazias, Merci beaucoup du fond du coeur pour ce merveilleux livre.
    Je suis en train de le lire, et c’est tout à fait ce que je vis qui est écrit noir sur blanc sur ces pages que je tourne.
    La famille en moins, car je suis fille unique, et mes enfants ne semblent pas se sentir vraiment concernés, ou alors ont-ils peur de l’avenir sans elle?…
    Je croyais être la seule à avoir ce genre de pensées.
    ça fait du bien de lire que d’autres aussi sont passés par là!!!
    Le chapitre FRONTON page 117 me parle, NON IL ME HURLE, c’est vraiment comme ça que ça se passe…
    C’est tout à fait juste…
    MERCI!

  6. Chère Isabelle, je vais sans doute acheter ce livre que je découvre à l’instant sur votre site.

    J’ai moi aussi perdu ma mère, il y a trois ans, et je lui ai rendu hommage dans un éditorial du Monde de San-Antonio par rapport à Félicie, la mère de notre commissaire préféré. Je vous le reproduis ci-dessous

    Félicie

    Il existe un personnage à part dans les San-Antonio. Félicie n’est pas à proprement parler un « héros » de roman, elle est bien plus que cela.

    Le premier flic de France sait ce qu’est une mère, il la place d’ailleurs complètement à part dans son monde. Le pavillon de Saint Cloud n’est pas seulement le refuge de son enfance. Il est le nid douillet, le lieu du repos. L’endroit où l’on peut panser ses plaies, où l’on peut pleurer tranquille. Il est lieu de fête car les odeurs de petit déjeuner, de draps frais ou de blanquettes de veau inondent ces lieux. Seuls les vrais amis y sont invités, ou alors les inconnus dans le besoin. Car Félicie c’est avant tout le cœur. Point de calcul, point de ressentiment, la bonté à l’état pur, celle contre laquelle on ne peut rien. Pas la joue tendue des catholiques, l’envie toute simple de rendre les gens heureux. Le pardon pour les grossièretés à Béru, la miséricorde pour les malheurs à Pinuche et l’amour d’une mère pour son fils, la tendresse absolue. Le tout dans la discrétion la plus pudique. Le souci de l’autre voilà ce qu’est Félicie et qui fait tellement défaut à notre monde. Une autre époque, qui n’existe plus, ce pavillon de Saint Cloud comme l’indiquait Nicolas Hulot dans notre dernier numéro.
    Et pourtant qui nous rend tellement nostalgiques de notre enfance, de celle dont on ne se sépare jamais, de celle du réconfort maternel.
    Jamais Frédéric Dard n’aura laissé mourir Félicie. Ce moment il l’a redouté, il l’a même cru arrivé à plusieurs reprises. Il n’a pas su l’écrire, il n’a pas voulu l’écrire, il n’a pas pu l’écrire. Car les mots ne suffisent pas, et ne peuvent pas traduire cette émotion. Rien ne suffit d’ailleurs.
    Ma Félicie à moi s’en est allée.

    Bien amicalement

    • Des Félicie, il y en a de toutes sorte, et certaines ne sont pas mères. Il y a simplement des êtres lumineux qui font que la vie vaut la peine d’être vécue. A leur disparition, on ne continue à vivre que parce qu’on a envie de leur ressembler, et qu’en leur ressemblant on leur rend hommage.

  7. Je suis en train de lire votre livre « Maman ». Je m’y retrouve pleinement car j’ai vécu pratiquement la même situation, ma Maman est morte en août 2008. Depuis, elle est toujours avec moi. Je trouve très bien décrit la situation des personnes âgées à l’hôpital ou en maison de retraite. Je sais que ma Maman souffrait beaucoup plus du manque de respect de la personne que de ses vraies douleurs. Merci pour ce livre très poignant.

  8. Moi aussi Isabelle j’ai vécu ce que vous avez vécu, mes 2 parents ont été placés en maison de retraite et j’ai malheureusement perdu ma maman en février 2012 et mon papa en février 2013. Je me remets petit à petit d’années très difficiles ; j’ai dû moi aussi me battre pour que mes parents soient traités avec dignité. J’était « l’emmerdeuse de service », tjrs à vérifier ceci ou cela, tjrs en contact avec le directeur de l’établissement, heureusement à l’écoute, mais c’était la seule manière pour que mes parents soient bien, j’ai dû porter plainte quelque fois, m’énerver, pleurer, crier et passer des nuits à me culpabiliser de ne pouvoir m’en occuper moi-même (je suis sicilienne d’origine, vous avez donc tout compris). Mes parents n’imaginaient pas finir leur vie de cette manière eux qui viennent d’une culture où la famille prend tout en charge, enfin les choses ont tendance à changer là-bas aussi. J’ai fait tout ce que j’ai pu mais aujourd’hui encore je pleure d’avoir vu mes parents devenir mes enfants, tellement fragiles, tellement dépendants de tout. Ca fait très mal, ça fait si mal. Je crois qu’on ne s’en remet jamais.
    J’espère vous revoir très bientôt dans les médias, je vous vois peu en ce moment. A bientôt

    • Merci pour votre message, pour ce partage. La culture méditerranéenne que nous partageons est à la fois un cadeau et une chaîne. Le sentiment de n’en avoir pas fait assez, la culpabilité font partie des bagages. Mais il y a tout le reste, et ça compense largement! Ma mère continue à illuminer ma vie.

  9. Bonjour Isabelle,

    Je ne sais où vous joindre alors je tente ma chance ici.

    Je suis une maman à laquelle on vient d’arracher sa fille. Une maman à laquelle on ne peut rien reprocher hormis un déménagement à 250 kms de distance du père de ma fille. Une maman condamnée par une juge aux affaires familiales et jugée non pas en temps que mère mais en temps que femme. Un jugement sur ma personne qui est un jugement moral, un jugement de valeurs, un jugement religieux. Un jugement écrit noir sur blanc !

    Je ne vais pas ici vous raconter mon histoire car ce serait trop long d’une part et ce n’est pas le lieu d’autre part. Et puis je ne souhaite pas étaler mon privé par écrit.

    Je recherche désespérément des personnes pouvant m’aider. J’ai dès le départ pensé à vous. J’ai essayé de joindre, sans succès, les chiennes de garde ainsi que plusieurs collectifs féministes et « stop au masculinisme ».

    J’ai besoin d’aide et ne sais où la trouver. J’ai fait tout mon possible mais au niveau des instances publiques nul ne m’écoute ou si peu.

    J’aimerais que l’on puisse m’aiguiller vers des personnes pouvant m’aider. J’ai pensé à vous.

    J’espère de tout cœur que vous me répondrez malgré votre emploi du temps surement chargé et malgré que je ne sois surement pas la seule à vous interpeller ainsi.

    Bien à vous

    Cerise

  10. Quelle belle surprise : Maman. ou la découverte d’une écrivaine.
    Ramené par erreur d’une razzia en librairie quand ma main furetant parmi les oeuvres d’Isabel Al…lende avait cru saisir une valeur sûre. Ouvert à reculons après dix-mois de sage attente dans les rayons de ma bibliothèque. Je ne connaissais de vous que le personnage télévisuel (bien sympathique au demeurant) à forte empreinte ruquiériste, doublé de quelques coups de gueule méchamment relayés par des médias soucieux de faire du bruit tout en noyant le poisson. Et me voilà réjouie de mon lapsus d’achat ! Ravie de vous savoir aussi plume. N’en suis qu’à la page 80, mais mon jugement est fait: j’aime. Merci.

    • Vous avez bien fait. Les textes sont faits pour circuler. Une précision: ce n’est pas moi qui ai réalisé cet entretien, mais la grande Sporenda, qui me fait l’amabilité de participer à ce site. Merci à elle, à Rosen, et… à vous.

  11. Bonjour Isabelle,

    Je viens de terminer votre livre emprunté à la bibliothèque du village ; il se promenait sur les rayonnages alors je l’ai pris.
    Très touchée par cette lecture j’ai eu une grande envie de vous parler ; à propos d’un passage page 217.
    Je voulais vous dire que les Châteaux en Espagne ont été construits que le palais est bien là … je voulais juste consoler la petite fille qui a du chagrin et qui ne voit pas que ses vœux se sont réalisés et ainsi ceux de sa mère aussi.

    Quelques mois avant que ma mère nous quitte ; j’ai capté son regard alors qu’elle nous pensait occupé à autre chose. Elle observait sa petite famille enfants petits enfants ; il y avait dans ce regard quelque chose d’accompli; une plénitude, un repos bien mérité bien au-delà de la réflexion… Elle était assise sous un arbre, un cerisier, elle n’y était plus venue depuis des années.

    Je voulais moi aussi déplacer des montagnes pour ma maman ; je voulais juste vous dire que nous l’avons fait; le fait d’être suffit; sans compter qu’elle a du être tellement fière de ce que vous avez accompli.

    Bien à vous !!

    Nadine

    • Merci pour votre message et pour vos conseils, ce que vous dîtes est très vrai. Il n’en reste pas moins que la culpabilité est rarement objective, elle se nourrit de la comparaison entre le projet initial et ce qu’on a réussi à accomplir. Elle ne sert à rien, il faut s’en débarrasser, c’est ce que j’essaye de faire….
      J’espère que vous aimerez autant le prochain, à paraitre le 4 février…
      Un abrazo.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


6 − cinq =

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>