Mon mort à moi, nos morts à tous.

IMG_18197 janvier 2015. Je devais prendre l’avion cet après midi pour rentrer à Paris après les Fêtes, avec mon père et mon neveu. Mais je ne l’ai pas fait.  Parce qu’au petit matin mon père est mort. A Madrid. Dans son sommeil. Oui, je m’y attendais, oui, il était malade, oui, il allait célébrer son 92ème anniversaire. Oui, on le sait, c’est ley de vida. Loi de la vie. Mais les raisonnements raisonnables, le chagrin s’en fout… Il s’installe, et il pèse.

Puis une voix blanche au téléphone m’apprend ce qui se passe à Paris.

Et là, comme dans la chanson de Brassens, avec mon petit deuil, avec mon petit mort à moi, j’avais l’air de quoi? Le chagrin s’élargit, comme s’il englobait la planète entière. Partir le même jour que ceux de Charlie, il est des compagnies moins recommandables. Ça console? Non. Ça ne pèse que davantage.

Papa, tu avais quinze ans quand tu t’es engagé dans l’Armée Républicaine pendant la guerre d’Espagne. Tu es de cette génération qui y a cru. Cru que vous alliez arriver à terrasser les assassins. Mais soixante quinze ans plus tard ils courent toujours. Prolifèrent, même. Changent de nom et de prétexte, mais massacrent toujours, parce que la haine s’autopropulse et se nourrit d’elle même.

Papa, je ne te verrai plus vider ton verre de Tempranillo avant d’allumer ta Ducados, je ne te verrai plus partir chaque matin acheter El Pais, je ne t’entendrai  plus t’indigner devant la folie du monde. Tu emportes avec toi la petite musique, la couleur de ces années là, et ça va tant me manquer. A qui je vais demander, maintenant, quand je ne saurai pas?

Tout porte à croire que je vais continuer à assister à l’abjection des imbéciles, l’interminable litanie des assassinats au nom de la Vierge, du Prophète, de la Révolution ou de toute autre chimère faussement invoquée par les Caïns sempiternels comme les appelait Luis Cernuda.

Mais si toi tu as continué d’y croire, je te dois de continuer aussi. C’est ton héritage, et c’est ma fidélité.

Hasta siempre, Papá.

Madrid, 8 janvier 2015.

 

47 réflexions au sujet de « Mon mort à moi, nos morts à tous. »

  1. Chère Isabelle
    Nous sommes tous et toutes en deuil de notre jeunesse, de la liberté d’expression qui a été atteinte, nous sommes très tristes, mais je continue à penser que la force de la plume, l’humour ou la dérision l’emportent toujours à plus ou moins long terme sur la lâcheté et la sauvagerie.
    Je suis de tout coeur avec toi qui viens de perdre ton papa que tu aimais et admirais tant !
    Je t’embrasse affectueusement Nicole

  2. J’aime a penser qu’il va en retrouver un autre avec qui il va pouvoir discuter …
    Pour moi qui suis encore la , comme pour toi , être a la hauteur au quotidien n’est pas toujours facile …
    Je partage , si tu le permet , cette petite partie de la douleur que l’on ressent a devenir orphelin …
    JP

  3. Mes pensées sont avec toi Isabelle. Comme tu le dis très bien « les raisonnements raisonnables, le chagrin s’en fout ». Alors je n’ajouterai rien. Je t’embrasse sororalement con toda mi solidaridad.
    Hermanita feminista.

  4. C’est bien , il est parti sur sa terre natale .

    Nous sommes avec toi dans ce moment difficile ,
    j’en informe Manola Ganier .
    Bises à tous .

  5. Cementerio de la Almudena, delante de la placa conmemorativa de « las trece rosas ». Siempre has sido una valiente, Isabel. Y por lo que dices has salido a tu padre. Con ese « par de ovarios » con los que has luchado toda tu vida. Y no sólo para ganar dinero. Si él fue para ti un faro, un guía, tú has sabido ser faro y guía para mucha gente. Yo he estudiado tus textos con mis alumnos de « lycée de banlieue » y dejaste huella en más de uno. Animo, Isabel. Es la jodida ley de vida. Pero es así. Te amamos.

  6. Querida Isabelle,
    Siento mucho tu disjusto.
    Desde que lei tus libros, (que por cierto me encantaron y provocaron en mi toda clase de emociones), tu y tu familia formais parte de « nosotros », y al igual que la muerte de tu madre tambien me afecta la de tu padre.
    Mis abuelos, de Peñarroya Pueblo Nuevo, vinieron a Belgica a trabajar en las minas en 1952. Mi madre tenia dos añitos y su hermana uno. Sus tres hermanos nacieron despues, aqui. Mis abuelos volvieron a España unos 20años mas tarde pero a Madrid, Alcorcon. Y alli tengo yo los recuerdos de las vacaciones de verano de mi niñez. Antes de mis abuelos estuvieron aqui mis visabuelos con mi abuela y su hermano que entoces eran pequeñitos, Fueron refujiados politicos pero volvieron a españa al empezar la guerra en Belgica. Se fueron a Barcelona pero como no habia trabajo mi visabuelo se fue a buscarlo a Valencia con un cuñado. No encontro nada y le escribio a mi visabuela que volvia tal dia con el tren de tal hora con su cuñado… Pero el cuñado volvio solo, mi visabuelo desaparecio y no supimos jamas algo mas de el. El cuñado dijo que se habian subido juntos en el tren pero que despues se perdieron de vista. Bizare… No sabemos lo que pasaria. Si se fue a empezar una vida nueva a otro sitio, otro pais, a America?? O si algun « monstruo » lo haria desaparecer, lo que en esa epoca no era raro.
    Siempre habran monstruos en este mundo.
    Todavia no me puedo creer lo que paso ayer en Paris!
    Hoy somos huerfanas y somos Charlie.
    Un beso y un abrazo muy fuerte Isabelle.
    Con cariño,
    Domi

  7. De tout coeur avec toi Isabelle, keep up the good work, on en a bien besoin avec tous ces salauds qui veulent tuer la liberté, et nous mettre en cage, nous les femmes. Bises, Katie

  8. Etre orpheline c’est très triste également. C’est probablement une terreur aussi puissante que celle de se retrouver devant un assassin. C’est redevenir une très petite fille perdue qui cherche à tendre les bras vers son papa. Que le chagrin nationale n’éclipse pas le votre. Le vôtre n’est pas moins important. Condoléances.

  9. Isabelle
    Une pensée spéciale à « VOTRE » douleur
    Adhérente de MHRE je me souviendrai de votre PAPA, de ses interventions à nos réunions, mais surtout des quelques mots que je lui ai adressés à PARIS devant le char de la NUEVE après la marche….
    Si cela est important pour vous sachez que tous ceux qui l’ont connu se souviendront aussi, de sa personnalité, sa
    participation à nous faire partager la guerre d’ Espagne, ses poèmes …. (( et surtout à la difficulté de l’arreter !!))
    De tout coeur avec vous, encore un temoin et une page de notre Histoire qui se ferme !!!!!

  10. Chère Isabelle, nous sommes le monde et notre petit monde et tout se mélange parfois, dans le chagrin, dans la douleur.
    Quel bel homme, ton père, un arbre aux branches hautes et fortes !
    Je pense à toi, mon cœur t’embrasse
    Anne-Marie

  11. comment vous exprimer mes condoléances sans paraître ni passer pour une « groupie » , moi qui vous suit depuis que pouuh !!! avec mes copines Parisiennes , je buvais pour la première fois un jus de carottes dans votre restaurant du coté de Châtelet je crois, je ne me souviens plus très bien ….. Alors quand je ne vous ai pas vu sur le toile je me suis interrogée Bizarre j’ai pensé car par truchement j’ai tout d’abord pensé à Michèle Bernier …….. Bref je m’embourbe tant je suis de tout cœur avec vous ………

  12. Isabelle
    Pensée spéciale à « VOTRE » douleur
    Adhérente de MHRE je me souviendrai de votre PAPA, pour ses interventions à nos réunions mais surtout pour les quelques mots que je lui ai adressés à PARIS devant le tank de la NUEVE aprés la marche ….
    Si cela est important pour vous sachez que tous ceux qui l’ont connu se souviendront de sa personnalité, sa participation à expliquer et partager la guerre d’Espagne, nous lire ses poèmes !! ((et mème et surtout l’arreter..))
    De tout coeur avec vous, encore un temoin et une page de notre Histoire qui se ferme

  13. Chère Isabelle Alonso, Je partage votre tristesse, mon père faisait partie des derniers républicains sortis d’Espagne, et même s’il est parti il y a trois ans à l’âge de 97ans, il me manque, toutefois je suis content qu’il ne voit pas la vermine revenir car je sais que cela l’aurait rendu triste de voir qu’on pouvait mourir en France pour ses opinions, encore 101 ans après sa naissance, oui c’est triste, Isabelle que nos parents partent, mais c’est encore plus triste de voir le monde dans lequel nos enfants et petits enfants grandissent, je vous embrasse sincèrement.
    FX Lopez

  14. Isabel,

    Tu texto me ha conmovido.

    Mon père était républicain également.
    Il est mort en 97. Il est né il y a tout juste 104 ans, le 09 janvier 1911.

    A chaque moment difficile, comme l’horrible massacre de Charlie Hebdo auquel nous venons d’assister et qui me touche profondément, car je respectais tous ces bonshommes irrespectueux et terriblement intelligents, je me répète ces paroles de la chanson du Che que j’avais dédiées à mon père :

    « Tu mano gloriosa y fuerte
    Sobre la historia dispara

    Tu amor revolucionario
    Te conduce a nueva empresa
    Donde esperan la firmeza
    De tu brazo libertario

    Seguiremos adelante
    Como junto a ti seguimos

    Hasta siempre… »

    Souviens-toi de la force de vie de ton papa. Ca n’enlève pas la douleur, mais ça fait du bien.

    No pasaràn, Isabel, no pasaràn !
    Es nuestra herencia…

    Dis-toi que tu as eu la chance de connaître et d’avoir comme père un « grand p’tit homme ».
    Il va te manquer, mais il ne va jamais te quitter.

    Nathalie

  15. de tout coeur avec toi, tu as la chance de vivre avec un père qui s’est tenu debout toujours, des hommes qui ont vécu la folie des obscurantistes de tout bord, continue, je t’offre une étincelle de mon amour humain

  16. Il est mort pendant que vous étiez près de lui…Il s’est donc « laissé partir » en confiance, tranquillement…Savoir cela n’apaise pas le chagrin, ni la douleur du « jamais plus » mais cela , peut être , apaise un petit peu…

  17. bonjour Isabelle

    je suis profondément triste pour vous ; la perte d’un père est très difficile et moi je l’ai vécue il y a plus de 20 ans et j’y pense encore.. aujourd’hui c’est mon époux que j’ai perdu à 55 ans ! la vie s’acharne, et tous ces évènements nous rendent encore bien plus tristes . Pourquoi autant de haine, et de méchanceté gratuite ! Je vous admire beaucoup Isabelle ! je sais que vous allez savoir rebondir … mais entre nous, c’est ce que les gens pensent de moi aussi (caractère fort, féministe, elle va s’en sortir) mais nous ne montrons pas toujours tout le ressenti. Bon courage Isabelle, il va en falloir pour affronter ces douloureux moments ; bien avec vous

  18. De tout cœur je suis avec vous en ce moment de douleur de la perte de votre cher papa. Je sais que l’on se sent orpheline de l’amour et de la tendresse que l’on recevait si simplement de son père. Tous les bons souvenirs partagés vont combler petit à petit les gros chagrins et, ce que votre papa vous a transmis vous permettra de continuer à avancer dans votre vie. Bon courage. Affectueusement. Marie-France.

  19. Pensées affectueuses d’un anonyme bordelais qui a toujours plaisir à vous entendre.. Votre papa devait vous appeler « petit soldat ».. oh comme il avait raison..!
    Alain

  20. Toutes les condoléances. A travers vos livres, nous aussi vos lecteurs le connaissions aussi un peu, votre papa, « Angel » !

    C’est peut-être complètement déplacé et stupide de dire ça, mais « au moins, il n’a pas vu ça ».

    Est-ce que vous allez bientôt sortir le roman inspiré de sa jeunesse que vous aviez entamé ?

  21. Toutes mes condoléances. A travers vos livres, nous aussi vos lectrices et lecteurs le connaissions un peu, votre papa, ce sacré « Angel » qui travaillait à « Courvevoie », achetait les produits en promotion flashy et apportait toujours des « After Eight » à « Libertad » !

    Sinon, c’est peut-être complètement déplacé et stupide à moi d’ hasarder cette tentative de consolation, mais, décédé dans son sommeil dans la nuit de mardi à mercredi, je dirais qu’au moins, il n’a pas vu « ça ».

    Toutes mes pensées.

  22. Très chère Isabelle,
    J’ai appris la triste nouvelle par votre belle soeur, ma voisine et amie qui était avec vous lorsque votre père s’en est allé. Une énorme partie de votre père est en vous, en votre soeur et en vos frères. Je le voyais très souvent aller acheter El País et je lui disais toujours un petit mot avec mon espagnol malheureusement devenu aujourd’hui approximatif. Mais il arrivait à me comprendre et me souriait toujours en retour. Je vous présente toutes mes condoléances et vous apporte toute mon affection dans cette dure épreuve. A présent, c’est vers vous que l’on se tournera quand on ne saura pas, car votre papa vous a légué tout son amour, toute sa connaissance et toute sa grandeur. Nina

  23. Isabel, que el recuerdo imortal te acompañe con esta sonrisa tuya, porque tu padre se fué a descansar, pero tanta personalidad no se borra en ningun caso. Aunque un poco tarde, sepa que te acompaño . Con afecto.
    Franci, MHRE 89

  24. Je comprends votre chagrin. Cela va faire un an, le 23 février, que mon papa est décédé et c’est toujours un grand manque. Pourtant la maladie l’avait depuis plusieurs années éloigné à jamais des siens. Il était dans un monde dont je n’avais pas la clé.
    (…/…)
    J’ai hâte de vous voir à St Amand le 8 mars ! J’ameute, (de chiennes), mes copines et surtout leurs époux ou leurs amants afin de les faire rentrer dans le rang si ce n’est déjà fait … Nous relisons attentivement vos romans, à disposition dans notre repaire « Au Café aux Sports », afin de préparer notre rencontre littéraire après le spectacle. A très bientôt, de vous voir et de vous entendre,
    Je vous embrasse,
    Chantal Derieppe (présidente de Paroles d’Hucbald »

  25. Je viens de finir votre livre Maman et suis venu sur votre fb pour vous envoyer un message et vous remercier de ce moment passé en votre compagnie et en comagnie des votres. je suis tombé sur ce message. Aussi je tiens à vous accorder tou mon soutien dans cette peine. je sais que cela ne changera pas la face de votre vie, mais je suis profondémment attisté par cette nouvelle douloureuse. Jai tellement l’impression de vous connaitres grâce à « Maman », que votre famille m’est devenue familère, et j’ai l’impression de les connaitre tous un petit peu. bon courage. je vous embrasse amicalement .. Manu de Marrakech

  26. Ça me donne la chair de poule quand je vous lis… Ç’est si juste. J’ai perdu mon père quand j’avais 21 ans.Beaucoup trop tôt. Lui qui avait traversé la France à vélo pour aller fabriquer de l’explosif pour les maquisards français dans une mine desaffectété, il a toujourd refusé – même pour son travail – de mettre un pied en Espagne tant que Franco et les franquistes étaient au pouvoir.
    Il me manque toujours aujourd’hui.Mais il vit en moi.
    J’aime vous lire. Vous me touchez tellement. Merci, ça fait du bien.
    Martin.

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