Maria Schneider

Maria Schneider est morte. La jolie Maria, avec ses joues encore rondes d’enfance, son regard de bébé et ses boucles noires avait dix neuf ans quand une seule scène du film « Dernier tango à Paris » la propulsa du jour au lendemain, en 1972, au firmament éphémère du scandale. Une seule scène, et sa vie était jouée. Ils étaient trois dans cette affaire. Deux hommes trentenaires et une petite actrice encore adolescente et pleine d’illusions. Brando, gloire planétaire. Bertolucci, cinéaste aguerri en grand besoin de reconnaissance. Et elle.

Une scène de sodomie réveillait le public de la somnolence d’un long métrage chiant comme la pluie. « Passe moi le beurre », et toutes les têtes se relevaient. Aujourd’hui, la chose serait banale. Mais dans les années 70, ce fut une première. On cria au chef d’œuvre pour mater en se la jouant intello une scène médiocre mais inédite.

Des milliers d’articles, de vannes, de surnoms fondirent sur Maria et lui collèrent une étiquette dont elle ne put jamais se défaire. Elle paya l’addition toute seule. Et cash. Brando évidemment n’en ressortit que plus glorieux, Bertolucci riche et reconnu. Rien de nouveau : sexe à deux vitesses (le même acte valorise le mec et maudit la fille) et abus de pouvoir de deux hommes mûrs sur une jeune fille.

Je lis sur le site d’info les propos de Maria :

« J’étais jeune, innocente, je ne comprenais pas ce que je faisais. Aujourd’hui, je refuserais. Tout ce tapage autour de moi m’a déboussolée« , confiait-elle dix ans plus tard, avouant alors avoir « perdu sept ans de (sa) vie » entre cocaïne, héroïne et dégoût de soi.

Je lis aussi :

« Apprenant son décès jeudi, Bertolucci a affirmé qu’il aurait « voulu (lui) demander pardon ». « Sa mort est arrivée trop tôt. Avant que je puisse l’embrasser tendrement, lui dire que je me sentais liée à elle comme au premier jour, et, au moins pour une fois, lui demander pardon« , a-t-il déclaré à l’agence italienne Ansa ».

Sa mort arrivée trop tôt ? Pauvre Bertolucci ! Il n’a pas pu s’excuser, tout ça a été si soudain ! A peine le temps de réagir, depuis 1972 ! Seulement 39 ans ! Ça l’a pris par surprise ! C’était un salopard à l’époque, il l’est resté, apparemment.

Je te salue, Maria. Tu as dix neuf ans pour toujours, petite sœur.

iA

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