Maladies jolies

UnknownLa peste. La lèpre. La scarlatine. L’influenza. La coqueluche. La syphilis. La rougeole. La vérole. La variole. Et, aussi, le choléra, seule de son espèce au masculin. Merci le choléra, on aurait pu croire qu’une maladie mortelle était, en soi, d’essence féminine. Oui, je sais je redonde, mais si on ne peut pas faire ce qu’on veut quand on est confinée, alors quand? Je pose la question. Et j’y réponds: redonder ça n’existe pas, il faut dire donner dans la redondance. Mais je fais ce que je veux avec mes cheveux et aussi avec mon lexique. « En soi », et « par essence » dans la même phrase, je redonde, donc. Sans états d’âme. Oui, je ressasse dans l’insistance réitérative car tel est mon bon plaisir de metteuse de points sur les i et de poseuse de barres sur les T. Non mais. Manquerait plus que je me retienne en plus de me confiner.

Unknown-2Tout ça pour vous dire que ça avait de la gueule, ces noms de maladie! C’était recherché, effrayant et joli, fascinant et répulsif. On mourait, oui, dans d’atroces douleurs, certes, d’odieuses purulances, absolument, mais ça sonnait à l’oreille! On agonisait avec style, on expirait avec panache, on crevait avec classe, escorté jusqu’au cercueil par une aura de mots sonores, poétiques, fiers, qui posaient là un statut de combattant de l’infection, de soldat de la pustule, de héros du furoncle! C’était le bon temps de l’espérance de vie à vingt sept ans, oui, mais with an attitude ! Une coqueluche, une scarlatine, une syphilis, c’est trop mignon! Ça donne envie de l’attraper!

Unknown-3C’était trop beau. On meurt moins, et pour cause! Ça a perdu tout son charme! La technologie normative est passée par là. Les chercheurs ont eu la peau du lyrisme. L’imagination a disparu. Dommage collatéral. Maintenant on décède, verbe rare qu’on peut transcrire direct en acronyme: DCD. Ça annonce la couleur. DCD du H1N1, du H2N2, du H3N2, du ESB, du SRASS….  C’est plus des maladies, c’est des codes barre. On inscrit son dernier soupir dans un monde de matricules, des références, d’étiquettes. Sans éclat, sans légende, sans la sombre beauté des destins tragiques…

EPySL4bWoAETF0LÇa avait pourtant bien commencé. Coronavirus. On l’avait déjà croisé en  champion romain  dans « Astérix et la Transitalique », en écho à ses collègues Malosinus, Choléramorbus, Garovirus et tous les autres… Coronavirus, ça sonnait bien! Un petit air latin, musical, guilleret. Cinq syllabes qui défient l’élocution. Cinq voyelles qui vocalisent. Un look bucolique de balle de tennis piquée de pâquerettes. Ou flippant de mine marine entre deux eaux. Une « corrida russe » comme l’a compris du haut de ses quatre ans la fille d’une amie, poète comme le sont les enfants. Mortel sans doute, mais sympa, convivial, sexy !

Unknown-4Était-ce trop beau? Ça n’a pas duré. Ils (qui ça, je ne sais pas) ont pris la peine de rebaptiser le bidule, par rigueur, par désir de la ramener, allez savoir. Ça s’appelle désormais Covid19. Covid19? Ça vous évoque quelque chose ? Queue dalle! Nibe de nibe! Nada! Walou! Du coup, y a plus rien pour donner envie de mourir. Bon d’accord.

Vivons, donc !

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