Lapins hystériques

UnknownVous visualisez le lapin d’Alice au pays des Merveilles, courant partout, l’oeil rivé sur sa montre, en retard, en retard, en retard….?  Les lapins qui nous gouvernent en sont là. Ils sont en retard! Sur quoi? Sur leurs taux, leurs prévisions, leurs statistiques, leurs chiffres, nombres, pourcentages, vite, vite, vite! Ils pleurent misère! Chouinent! Agonisent!  On va leur accorder des milliards pour rattraper, rattraper, rattraper!  La dette! Le déficit! Les points de PIB! Vite, vite, au boulot! On est en retard, en retard, en retard !

Unknown-3Ils ne connaissent pas la  chanson de Barbara ?

« Que tout le temps qui passe ne se rattrape guère

Que tout le temps perdu ne se rattrape plus »

Non. Ils ne connaissent pas. Ils s’en foutent. Ils sont des lapins en pleine course. Pour eux, le temps, c’est de l’argent. Précisons: le temps des autres, c’est de l’argent pour eux. Pas question de laisser filer la moindre seconde! Attention! Alerte! Danger! Il faut rattraper! Rattraper le retard ! Vite, vite! Laissez tomber les dimanches, les weekends, les vacances ! Mettez les bouchées doubles! A la guerre comme à la guerre!

Unknown-5Non. Pas une guerre. Une guerre c’est quand on a appuyé sur DELETE. La pandémie a juste appuyé sur PAUSE. Nuance. La première conséquence d’une guerre, en dehors des pertes humaines, blessés, mutilés, c’est la destruction matérielle. Plus de routes, de ponts, de rails. Plus de maisons, d’usines, d’hopitaux, d’écoles. Plus de voitures, de camions, de trains. Les infrastructures sont hors d’état. Il suffit de regarder des photos des villes bombardées pour se faire une petite idée des perspectives pour les survivants. Tout reconstruire, de toutes ses forces. Ça prend des années…

Rien de tel aujourd’hui, en tout cas dans nos contrées, tout ce qu’il y a d’épargnées par les obus, roquettes et autres explositudes qui sévissent ailleurs. Tout est intact. Alors, quelles sont ces pertes qu’il faudrait compenser ?

Unknown-2Un manque à gagner n’est pas une perte. Cesser d’avancer ne signifie pas reculer. Mais ça sert éventuellement à se demander où on allait, à si vive allure. Car comme disait Coluche, « le temps qu’ils passent à courir, ils le passent pas à se demander pourquoi ils courent ».  On est tous descendus en marche. On a eu le temps non seulement de se poser des questions, mais aussi d’y répondre.

Unknown-6Quoiqu’en pensent les lapins, l’activité humaine vraiment indispensable, voire utile, représente une faible partie de l’ensemble. Le reste, des bull shit jobs aux tradings d’algoritmiques, la précipitation incessante, l’urgence permanente, tout ce qu’ils prennent pour de l’efficacité, ressemble aux blancs d’oeufs battus en neige. Du volume, beaucoup d’air, peu de consistance. Mâchez de la meringue, elle vous fondra dans la bouche. Ça donne à penser.

En bas du cocotier, là où grouillent chômeurs et smicards, la récession est un mode de vie depuis des années, le flux tendu une gestion de trésorerie quotidienne. Faut pas essayer de leur faire peur avec ça. L’appauvrissement, ils pratiquent depuis longtemps.

Unknown-7Après l’épreuve collective, le traumatisme profond, la mort aux aguets, on pourrait imaginer que chacune et chacun mérite non pas un temps de repos, on s’est assez reposés, mais de détente, de descente, de retour à ce qui nous a tant manqué. Qu’on s’aménage une halte pour redire bonjour à la liberté de mouvement, au soleil, à la vie… Un retour au quotidien, au banal. Aux mille petits détails dont on n’avait même pas remarqué qu’ils tissent nos jours, et qu’on y tient infiniment.

Après s’être confiné le printemps, se faire un bel été. Et, à l’automne, repartir du bon pied, en ayant pris le temps de penser à notre qualité de vie, et avoir revu notre échelle de valeur entre l’urgent et l’important. Priorité à l’humain. Toujours et partout.

Le 11 avril, @TheEconomist, journal pas plus gauchiste que ça, appelle les pays les plus riches à annuler la dette des plus pauvres pour lutter contre le covid19.

Le pape dit la même chose dans sa bénédiction pascale.

Et  une pétition dans ce sens circule sur @Avaaz : http://avaaz.org/DropTheDebt

Unknown-8Dans un discours à l’université du Kansas, le 18 mars 1968, Bob Kennedy, candidat démocrate à la présidentielle US, déclara :   »Notre PIB dépasse maintenant 800 milliards de dollars par an. … Ce PIB additionne la pollution de l’air, la publicité pour les cigarettes, … les ogives nucléaires, … les programmes télévisés qui glorifient la violence afin de vendre des jouets à nos enfants. Il ne prend pas en compte … la beauté de notre poésie ou la force de nos mariages, l’intelligence de notre débat public ou l’intégrité de nos fonctionnaires. … Bref, il mesure tout sauf ce qui fait que la vie vaut d’être vécue« .

Avis aux lapins.

Alors? La bourse ou la vie? Ou la vie avant la Bourse?

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