Foutage de gueule

thLe 26 juillet 2017,  Rihanna est reçue à l’Elysée en tant que représentante de sa fondation pour l’éducation. Christophe Castaner, porte parole du gouvernement, répond à une interview pour un média du net. A la question : « Pas trop jaloux de la relation Macron Rihanna? ». (On a le sens de ce qui est important, à MediaLand), Christophe Castaner répond, avec un petit sourire à la voyez ce que j’veux dire : « …j’ai même pas pu rencontrer Rihanna… finalement j’aurais été un peu déçu, sa tenue était un peu trop ample… »

la-reflexion-douteuse-de-christophe-castaner-sur-la-visite-de-rihanna-l-elyseeEt alors? Vous le sentez, le changement, le souffle d’air frais sur la rancitude machiste ambiante, la révolution en marche? Figurez vous, mon bon Castaner, qu’il semble assez clair qu’en cette circonstance particulière, si Rihanna a choisi de porter une tenue non-décolletée non-ajustée, c’est sans nul doute pour que les blaireaux la ferment un peu et pensent à écouter ses propos sur l’éducation plutôt qu’à mater ses courbes. Mais Castaner, au ras des pâquerettes, en est resté au commentaire sur le look d’une sex symbol qui essaie d’être écoutée plutôt que reluquée. Lourdingue, le porte parole.

C’est que, voyez vous, ce genre de type, appelé à de très hautes fonctions, se balade dans la vie sans avoir même compris de quoi traite le féminisme. Il sait juste que c’est un truc chiant qui traine dans l’air. Et surtout, il s’en fout. S’en contrefout. Ne cherche pas à en savoir plus. Comme ses semblables des générations précédentes, il reste contre vents et marées un analphabète du féminisme. La ramène quand même. Il est là pour ça.

Un autre exemple du niveau de conscience du fringant porte parole ?

th-1Quelques jours avant le premier tour des législatives, (Macron fraîchement élu a annoncé un notable renouveau de la politique, nôôôtre projeeet!), une vidéo de 2:25mn est postée sur YouTube (site Brut, excellent). Elle reprend un moment, le 7 juin 2017, de la conférence de presse de Christophe Castaner, ès qualité. Une journaliste, Hélène Fouquet, pose une question sur la parité hommes-femmes, (ou femmes-hommes selon la nouvelle terminologie dans le vent de la Macron Wave, on sent qu’avec cette formule le patriarcat va trembler sur ses fondations…), au sein non pas du gouvernement, mais des cabinets ministériels.

th-5La parité, plus simple, y a pas. Suffit de savoir compter. Jusqu’à deux. Oulalah! Attention! Ils essayent, n’allez pas croire! Plus complexe que ça en a l’air! Pas de leur faute, hein, ils font ce qu’ils peuvent! Mais n’y arrivent pas. Pourquoi?

L’accroche proclame: « Castaner embarassé ». On ne voit pas l’embarras de qui craint de ne s’être pas montré à la hauteur de l’enjeu, mais celui du type qui se dit oh nooon, pas encooore! Le sujet lui apparait ressassé, pénible, quoi, ça va, on a déjà répondu mille fois, pffff…. Pas comme si c’était important non plus. Si vous croyez que c’est passionnant, la parité, y a rien que des gonzesses à récupérer… Autant dire des emmerdes à n’en plus finir, avec leur façon de râler à tout bout de champ, jamais contentes… Alors, allons-y, répétons lui à la petite dame puisqu’il semble qu’elle a l’air un peu ralentie de la comprenette… Et Monsieur Castaner se lance dans un exercice bien rodé de « on fait ce qu’on peu si vous croyez que c’est facile… » doublé de « cause toujours tu m’intéresses« , triplé de « je me fous clairement de votre gueule« …

WQL6gOWV_400x4002:25 minutes, ce n’est pas très long. Ça lui suffit pour donner toute sa mesure. -

- 0:09 HF Hélène Fouquet : est ce que vous avez un problème de recrutement de femmes ? est ce qu’on peut s’attendre à ce que dans votre nouvelle Haute Administration il y ait plus de femmes?

- 0:20 CC Christophe Castaner : sur les cabinets, ça doit être une préoccupation de tous les ministres dans leurs nominations… le Président nous l’avait fixé comme règle de méthodologie constante… il nous faut être très vigilants… sur toutes les nominations, quels que soient les postes, c’est important…

Notez le vocabulaire: des mots creux, qui n’engagent à rien: préoccupationrègle de méthodologie constanteêtre très vigilants…important… Ressortez TOUS les discours sur le sujet depuis 40 ans, et vous trouverez la même vacuité. Traduction: la parité on s’en tamponne le coquillard avec un tibia de langouste, mais on fait des phrases pour faire croire le contraire.

Mais Hélène Fouquet ne s’en laisse pas conter. Elle insiste, l’insolente!

- 0:42 HF : je me permets juste de rebondir sur ce que vous avez dit… le cabinet de l’Elysée c’est plus que majoritairement des hommes… est ce que c’est l’exemple?

th-14Elle a noté que le plus repéré des cabinets, celui de l’Élysée, est composé de clones de Macron, Philippe, Castaner, LeMaire, Lecornu, Riester, Solère, Darmanin, et les autres… Ce sont les mêmes… Même âge, mêmes diplômes, même profil, même ambition, même boursouflure de l’ego… Pris les doigts dans la confiote, Castaner choisit la diversion:

- 1:06 CC : on peut prendre un autre exemple (un autre exemple que le cabinet de l’Elysée, s’entend), regardez, je suis accompagné de 4 collaborateurs, deux de l’Élysée et deux de mon ministère, et y a 1 homme perdu au milieu de 3 femmes, donc, c’est possible et on peut faire toute confiance à ces femmes là, (esquisse de sourire, on est dans le charme) et en même temps je fais assez confiance à l’homme aussi…

th-15Obligé de reconnaitre que le cabinet ok, n’est pas paritaire pour trois sous, mais (attention, l’argument décoiffe) le petit groupe qui accompagne notre orateur, petit groupe qui ne représente que lui même et le hasard de  l’agenda de ce jour là, va au delà de la parité, figurez vous! Un seul homme PERDU au milieu de 3 femmes ! Noyé, quoi! Le pôôôvre! Alors? C’est pas un signe, ça? Et attention, des femmes pas n’importe lesquelles, des à qui on peut « faire toute confiance » ! Bien qu’elles soient des femmes? C’est ça qu’il veut dire, le porte parole? Qu’à priori, une femme n’est pas fiable, n’est ce pas, mais celles là, oui! Puisqu’elles l’accompagnent, lui, dans sa glorieuse toute puissance!

Hélène Fouquet se permet d’insister, avec une point d’ironie :

-1:22 HF : bravo… je vous félicite… je réitère ma question

On imagine, dans la pauvre tête de Castaner, la bande son de Chirac face à Thatcher: « Mais qu’est ce qu’elle veut la mé(na)gère? Mes couilles sur un plateau? » Sauf que la question de Fouquet est ô combien pertinente.

Castaner s’enfonce que c’en est une pitié :

- 1:30 CC : d’abord les recrutements se font pas en fonction des sexes, ils se font en fonction de la qualité des personnes…

th-6Il se tire une balle dans le pied et ne s’en rend même pas compte. S’il y a plus d’hommes et que le critère, c’est la compétence, c’est que les femmes sont moins compétentes! CQFD! Voilà ce qu’il dit Castaner. Est-il seulement compétent, lui? La question ne se pose pas. Il a un chromosome Y, ça dispense de raisonner.

… il y a un objectif qui est celui de la parité

Non, Monsieur, si un tel objectif existait, ses effets en seraient constatables. L’objectif est de parler de parité sans jamais bouger une patte.

… faut pas penser qu’on évalue une candidature en fonction de son sexe on l’évalue en fonction de sa qualité

Faut pas penser? Ben si, figurez vous! On pense! Et même on compte! Et le compte n’y est pas. Ça tombe pas juste, comme on dit à l’école. Et ça serait parce que la « qualité » prime? En dehors du fait que c’est affirmer encore une fois l’infériorité des femmes, c’est aussi affirmer la « qualité » intrinsèque des hommes choisis. Et là, le doute nous saisit.

… et donc y a évidemment des femmes de qualité qui doivent rejoindre les cabinets ministériels

Castaner, en ajoutant « de qualité » au mot « femmes », signifie une fois encore que toutes les femmes ne le sont pas, alors que tous les hommes oui, pas besoin de préciser…

A ce jour l’Élysée n’a pas composé toutes ses équipes et donc je ne peux pas me prononcer sur le cabinet du Président de la République…

Il botte en touche, mais n’a pas terminé:

…l’objectif , et c’est parfaitement légitime, et normal et en aucun cas contre productif d’avoir autant de femmes voire plus dans des postes de responsabilité, que d’hommes, donc il faut là dessus changer les mentalités…

th-2Il passe aux grands moyens, fait mine de flatter la journaliste et à travers elle, ce maudit sexe concave qui n’arrête pas de la ramener et à qui il faut servir du baratin, langue officielle du blaireau s’adressant à une femme: légitime, (merci, z’êtes trop bon), normal, (carrément! quelle audace! ) et en aucun cas contreproductif (il n’arrive pas à trouver un terme positif, se rabat sur une double négation en espérant que ça fasse bien). Cette dernière tournure, bien connue des analystes, permet de supposer qu’il pense exactement le contraire : il trouve la parité contreproductive. Autant que casse couille.

Puis il se rabat, c’est à ne pas croire, sur le plus usé, le plus cliché, le plus ringard des arguments: il faut « changer les mentalités« . Ça pouvait pas louper! Ça mange pas de pain! Commencez déjà par changer la vôtre, Castaner ! Et celles de vos potes…

…vous avez raison de nous questionner et même, je comprends à travers votre question, de

nous le reprocher et c’est assez juste de le faire je vous remercie de le poser ainsi

La minute ultra démago… Une petite couche de vaseline, au point où il en est… Une nuance de fausse humilité. Il n’a rien dit, rien démontré: « vous avez raison« … et blabla…

2:22 Merci pour ce regard, Hélène! Il en dit très très long!

Cette vidéo porte en elle, en deux minutes, tout ce que nous pouvons attendre de la nouvelle équipe au pouvoir… Tout? C’est à dire rien.

th-7Prenez nous pour des connes, Castaner… Mais ne pensez pas que ça ne se voit pas, parce que figurez vous que ça se voit. Comme votre sourire de lapin et votre pif de menteur qui prend des dimensions pinocchiennes à faire pâlir d’autres zones de votre anatomie plus concernées qu’il n’y parait par le sujet… Car il s’agit bien de maintenir la suprématie du « petit chose et des deux orphelines » (merci Perret) sur la vie politique française nouvellement incarnée par votre modernité supposément iconoclaste. Dans vos mots, le mépris en dispute à l’ignorance. Bien dans la tradition du machisme politique de la République Française.

th-3Monsieur Castaner, la parité n’est pas une fantaisie née du cerveau obsessionnel de quelque pétroleuse égarée en mal de cause. La parité tente de corriger une dégueulasserie venue du fond des temps, tellement enracinée qu’elle semble une évidence biologique. Les puissants  sont en haut du cocotier? C’est que, sans doute, ils le méritent… Pas d’autre explication à leurs yeux. Le sexe masculin a imposé son pouvoir. Partout. Par la violence, rappelons-le. Et il le maintient. Par la violence, encore. Il décide pour nous, même de ce qui ne concerne que nous. Il est la norme. Ne comptez pas sur lui pour que ça change. Le sexe féminin fait antichambre, en est réduit à quémander ses droits élémentaires auprès de ceux là même qui bénéficient de l’injustice. Pas simple hein ? Ils doivent en quelque sorte scier la branche sur laquelle ils sont pesamment assis. Accepter de partager ce qu’ils se sont appropriés depuis toujours. Se contraindre à admettre que les femmes représentent AUSSI le peuple français dont non seulement elles constituent une majorité (52%) mais dont la vie, l’anatomie, les droits, l’Histoire, sont différents à la fois biologiquement et en termes de rapport au pouvoir. Ce n’est pas un détail qu’il convient d’expédier au plus vite pour passer aux choses « sérieuses ».

La parité est un enjeu vital qui ne fait pas partie de l’univers mental des hommes de pouvoir.

th-8Ils peuvent se le permettre. Ils ne risquent rien. Les femmes n’ayant pas pour habitude de recourir à la violence, on se paye leur tête sans rémission. Nous vivons dans une culture de la brutalité qui vient de très loin, et quiconque n’utilise pas la violence pour influer sur les évènements voit ses revendications, aussi légitimes soient-elles, reléguées au rayon des accessoires. On respecte les agresseurs, les pervers, les prédateurs, les tueurs. Parce qu’ils font peur. Les femmes? Qu’elles se contentent de paroles, de promesses, de déclarations d’intention… Pour la volonté politique, on verra plus tard. Quand les « mentalités auront changé« ? A Pâques ou à la Trinité?

Les femmes doivent se battre comme des chiffonnières pour le moindre, le plus microscopique de leurs droits, distillés au compte goutte par les relous qui nous contrôlent et nous infantilisent depuis perpète. C’est fini ce temps là? Evidemment non et ça saute aux yeux. Mais avisez vous de le dire et vous aurez droit à la sempiternelle variation sur le même thème: ça a déjà beaucoup évolué, on peut pas aller plus vite que la musique,  faut changer les mentalités

th-10Macron vocifère pendant sa campagne: « Je suis féministe! ». Suffit pas de causer, mon grand. Faut joindre le geste à la parole. Les politiques affirment l’égalité des droits, et agissent en contre. Ils font penser à un agent de sécurité qui dirait « Entrez, entrez! » mais continuerait à obstruer la porte de son mètre 90 pour 110 kilos…

Des assemblées exclusivement masculines ont construit décennie après décennie (ça se compte en siècles, même…) la culture actuelle d’entre soi et de cooptation entre good old boys. C’est cette culture qu’ils appellent « compétence » parce qu’au moment de nommer quelqu’un, ils pensent d’abord à un pote à eux, une référence déjà connue. Un semblable. On avait les vieux croutons, maintenant on a les jeunes croutons. Seule la forme du cynisme a changé. Super contents d’eux. Ils se sentent parfaitement légitimes. Ne s’identifient qu’à leurs répliques. L’avenir du pays? L’intérêt général? Ils s’en cognent! Seule compte leur ambition perso. Tapent sur les faibles, font payer les pauvres, méprisent ceux qui ne « sont personne ». C’est leur projet.

th-4Et dans les actes? Marlène Schiappa est nommée Secrétaire d’État auprès du Premier ministre, chargée de l’ »Égalité entre les femmes et les hommes ». Youpi! Un strapontin! L’intitulé trahit déjà l’inculture. Poser la question en termes d’égalité est déjà un contresens et intervertir l’ordre des facteurs n’y change rien. L’égalité est invoquée partout, nommée partout, inscrite partout. S’est accommodée pendant un siècle du vote réservé aux hommes. Poser des mesures égalitaires sur un terrain inégalitaire consiste à poser une table sur une pente. Elle reproduit la pente. Posez un objet dessus, il ne tiendra pas. Il s’agit des DROITS DES FEMMES. Il s’agit de repenser le droit. Il s’agit de tout mettre à plat et tenir compte du fait que les femmes existent. Notre société a été conçue, mise au point dans ses moindres rouages, au fil des siècles, sur l’idée que les femmes ne sont pas des sujets de droit. Et sur le fond, ça n’a pas changé. On constate tous les jours à quel point la Loi n’est pas apte à réprimer la violence machiste. Elle a été écrite par ceux qui la pratiquent.

th-13Marlène Schiappa a été nommée pour faire un peu de mousse. On lui a donné la place qu’on estime être celle des droits des femmes, et calculé le budget qui va avec. Une des premières mesures du gouvernement Philippe a été de réduire le budget déjà indigent des associations féministes. Féministes, Macron, Philippe et consorts ? Faudrait déjà qu’ils saisissent le concept!

Comprenez bien les filles: on peut crever la gueule ouverte, ILS S’EN FOUTENT!

Ils nous coupent les bourses? Rendons leur la monnaie, puisqu’ils ne comprennent que l’intimidation, le rapport de force directement physique! J’en réfère à mon cher vieux Brassens, dans son ultime couplet d’Hécatombe, où de vigoureuses gaillardes, mégères, furies font pour une affaire de bottes d’oignons ce que nous devrions faire aux godelureaux qui nous gouvernent autant qu’ils nous méprisent:

« …Ces furies comme outrage ultime 

En retournant à leurs oignons,

Ces furies à peine si j’ose 

Le dire tellement c’est bas,

th-11Leur auraient même coupé les choses

Par bonheur ils n’en avaient pas.

Leur auraient même coupé les choses

Par bonheur ils n’en avaient pas« .

 

7 réflexions au sujet de « Foutage de gueule »

  1. J’AI DÉLIBÉRÉMENT REFUSÉ DE PUBLIER CE MESSAGE. MAIS JE RÉPONDS POUR QU’ON SACHE QU’ICI LES INSULTES NE SONT PAS ADMISES. LE DÉBAT OUI. PAS LA BASSESSE.

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