De grâce Mr le Président

UnknownQuand en janvier 2015 nous nous sommes mobilisé-e-s pour Jacqueline Sauvage, l’annonce d’une grâce « partielle » fut présentée par les média comme une victoire de la pétition forte de 400 000 signatures. On avait l’impression d’avoir gagné. Mais « partielle », ça voulait dire quoi, au juste? Que ça n’aurait pas lieu tout de suite tout de suite, car n’est ce pas, on ne peut pas relâcher comme ça une meurtrière, faut voir à voir à prendre tout un tas de précautions, hein, des fois qu’elle sortirait dans la rue la bave au lèvres et le flingue à la main… Sur le moment on croit à des procédures administratives qui prendraient quelques semaines à tout casser….

On retourne donc à ses occupations, le coeur léger, ou juste un peu moins lourd, que donne le sentiment d’avoir accompli quelque chose. Et voilà qu’au coeur de l’été on apprend que non seulement elle est toujours en taule mais qu’elle va y rester un moment car ces Messieurs-Dames y ont réfléchi à deux fois. Et là, en tant que signataire, on se sent flouée, manipulée, parce qu’on y a cru! On a cru que le galimatia juridico médiatique voulait dire: elle sort!

imagesMais non. Elle ne sort pas. Ou sous conditions…. On entend parler de bracelet électronique. Sur cette femme? On plaisante ou quoi? Le parquet ferait mieux de le cirer plutôt que de prétendre rendre justice, il serait plus compétent. « Il est précisé qu’elle ne peut prétendre vivre à proximité des lieux des faits, dans un environnement qui compte tenu des soutiens dont elle bénéficie risquerait de la maintenir dans une position victimaire« . Ah, ok. Elle reste embastillée, mais c’est pour son bien. Pour éviter la « position  victimaire ». Qu’és aco, position victimaire? Voilà l’argument du tribunal d’application des peines dans sa décision:

« L’importante médiatisation de son affaire rend difficile une authentique démarche de réflexion de Mme Sauvage, qui est encouragée à se cantonner dans un positionnement exclusif de victime, sans remettre en question son fonctionnement psychique personnel et sans s’interroger sur sa part de responsabilité dans le fonctionnement pathologique de son couple » (pour en savoir plus, cliquer ICI)

Emballez, c’est pesé! C’est vrai quoi. Faudrait pas, non, faudrait pas, les représentants de la justice ne le supporteraient pas, qu’elle se « cantonne » dans une position de « victime » au prétexte qu’elle a passé trente ans sous la coupe d’un bourreau familial. Ça heurte le sens de la réinsertion harmonieuse telle que nos magistrats le conçoivent. C’est vrai quoi, a t-elle pensé Jacqueline a SA part de responsabilité dans l’accumulation de sévices subis?

images-1Allez y tapez sur les plus faibles puisque c’est là votre fonction, protégez l’ordre établi, la loi du plus fort, la loi du patriarcat, la loi du riche, du puissant, du cogneur, du profiteur, du prédateur, du parasite. Tapez, cognez, montrez vous sans pitié. Mais soyez logiques, soyez respectueux de vous mêmes, débaptisez votre ministère. Appelez-le ministère de l’abus de pouvoir, de l’arbitraire, de la violence d’État. Appelez le ministère de la Loi. Il n’y a pas, il n’y a jamais eu de ministère de la Justice quand la justice est bafouée de manière aussi insolente.

En novembre, le 24, on apprend que Jacqueline Sauvage, va passer les fêtes en prison. Sa demande serait hors délai…

Unknown-1Il se trouve que le lendemain de ce 24 novembre, David Hamilton, accusé publiquement de viol par Flavie Flament, puis par d’autres femmes, se suicide et échappe ainsi à tout procès, trente ans après les faits.

La concomittance, pur hasard, de ces deux infos offre une triste synthèse de ce que la « Justice » réserve aux femmes face à la violence machiste. Comme il y a une justice de classe, il y a une justice de sexe. On le sait, mais parfois, ça saute à la figure.

D’un côté David Hamilton, jamais pris, jamais jugé, protégé par des institutions et une culture qui lui ont permis de passer entre les gouttes. Il s’est soustrait aux conséquences de ses actes par le suicide. Comme un lâche. Qui refuse d’assumer ses actes, de regarder la vérité en face, d’affronter ses victimes devenues des adultes capables de se défendre.

De l’autre, Jacqueline Sauvage, abandonnée toute sa vie par des institutions aussi aveugles quand elles auraient dû protéger qu’impitoyables à l’heure de juger et de punir, s’apprête à passer Noël en prison. Condamnée, après la violence ultime de son mari, à la cruauté extrême d’un système judiciaire conçu, écrit, voté et appliqué sans que jamais ne se pose la question de la violence machiste comme système.

imagesTelle que traitée par la Loi, la violence machiste apparait comme une succession de faits isolés les uns des autres, jamais comme un implacable rouage assurant la pérennité de la domination masculine. A l’heure de juger, de réprimer, il manque un niveau de lecture. Au dépens des femmes. David Hamilton ne sera pas jugé. Jacqueline Sauvage reste en prison.

La Loi dit aux femmes de ce pays: « Ne comptez pas sur moi. Mettez moi aux abonnés absents. Je ne suis pas là pour vous. Je ne serai là que pour vous tomber dessus à bras raccourcis si jamais vous sortez des limites que je vous impose ».

Monsieur Hollande, vous êtes le vingt quatrième élément d’une suite ininterrompue de Présidents de la République Française exclusivement masculine.

A l’heure où politiquement vous n’avez pas grand chose à perdre et les femmes n’y sont pour rien, on voit mal quel risque vous prenez à accorder votre grâce à Jacqueline Sauvage, puisque vous en avez le pouvoir.

images-2Jacqueline Sauvage nous représente toutes. Elle incarne ce que subissent les citoyennes de ce pays et qu’elles veulent voir reconnu et combattu.

Quand les personnes censées rendre la justice ne savent qu’appliquer des textes désincarnés et ajouter de la violence à la violence, il ne reste que le fait du Prince.

Et le Prince, c’est vous.

Grâciez Madame Sauvage. S’il vous plait.

POUR SIGNER LA PÉTITION, C’EST ICI ! 

2 réflexions au sujet de « De grâce Mr le Président »

  1. Soyez Humain !!!!!!!!!!
    Libérez Jacqueline Sauvage
    Un homme est Mort c’est vrai et regrettable ,
    Mais SI la Justice avait su ce qu’il avait fait a sa femme et à ses enfants les aurait elle protégés pour autant ?
    J’en doute !!!!!!!!

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