¡ 14 de abril ! Insoumis-e-s!

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Aujourd’hui 14 avril 2017, la République espagnole aurait eu 86 ans si des généraux fascistes n’y avaient mis fin par le fer et le feu. Ce 14 avril 1931, mon père, alors enfant, était Puerta del Sol, à Madrid. Son père le tenait par la main, pour fêter l’avènement de la République sans une goutte de sang. En 1936, l’Armée, l’Eglise et l’aristocratie préférèrent défendre leurs privilèges plutôt que de respecter le résultat des élections. Il leur fallut trois ans de guerre pour venir à bout de l’élan du peuple. Le rapport de cette République-là avec la nôtre, aujourd’hui? A première vue aucun. Mais…

images-2Il y a dix jours, 4 avril 2017, j’ai envoyé à mon éditrice le tapuscrit de mon prochain livre, à paraitre à la rentrée. Ce jour était très important pour moi, car l’action du roman prend précisément fin un 4 avril, le 4-4-44, date de l’arrivée de mon père, alors âgé de 21 ans, à Madrid, après bien des aventures. Je ne vous en dis pas plus pour ne pas m’auto-spoiler. En 1944, en Espagne, on sait que les Alliés vont gagner, et on espère encore que la chute d’Hitler et de Mussolini entrainera celle de Franco. Nous savons ce qu’il en est. Mon père ne le savait pas encore.

images-1Le 7 avril 2017, je me lève à l’aube, je dois prendre un TGV pour Angoulême. J’ai rendez vous, juste à côté, à Ruelle-sur-Touvre, avec une bande de joyeux drilles, un association de filles et filles de réfugiés de la guerre d’Espagne. Autant dire mes frères et soeurs. Un concours de circonstances bien connu des parisiens et appelé boxon de la ratp me met tellement en retard sur le chemin de la gare Montparnasse que bien que j’aie compté large et multiplié par deux le temps prévu pour le trajet, je loupe mon train, qui part sous mon nez et sans pitié. Je passe deux heures sur place à attendre le suivant, après avoir raqué 80€ de changement de billet…. Je râle, je vitupère, je ronchonne comme toujours dans ces cas là. Je m’insurge contre le discours des pouvoirs publics qui préconise de laisser tomber la voiture, de choisir les transports en commun. « Ratp mon cul! » aurait dit Zazie, celle du métro justement.

UnknownJe finis par arriver à Ruelle. Demain soir je joue mon spectacle, mais pour l’instant je vais assister à une projection, après quoi il y aura un débat avec des survivants de l’époque. C’est un documentaire d’une heure, « Le Convoi des 927« , de Montse Armengou et Richard Belis. Et voilà que je découvre une chose que j’ignorais. Le tout premier train de la déportation vers les camps de la mort partit d’Angoulême le 20 août 1940 et transportait 927 Républicains espagnols, hommes femmes et enfants. Vers Mauthausen pour les hommes de plus de 13 ans (!) et des destins variables pour les femmes et les enfants. Assise dans le noir, je regarde à l’écran les vieux visages si dignes, si émouvants, qui tentent de raconter l’irracontable et de retenir leur émotion. Et je trouve si dérisoire ma colère de ce matin. Je mesure ma chance, d’être née de ces gens là, mais bien après la tourmente… Quand les negras tormentas de la chanson s’étaient dissipées.

imagesLe soir, en voyant les enfants, petits enfants et arrière petits enfants de réfugiés rire, boire et danser, je me disais que les fachas en ont beaucoup fait, ont infligé bien du malheur et provoqué bien des tragédies, mais pour ce qui est de nous anéantir, c’est loupé. Nous sommes là, bien vivants et plus rojos que jamais. Pour exemple, la formidable famille Làzaro, le père (Gregorio, photo ci contre), la mère, les enfants Emeline et Didier et la tante, merveilleuse Victoria. Drôles, talentueux, généreux. Il suffit de les voir tous, ensemble, avec tous les autres, chanter et danser des sevillanas pour savoir que non seulement nous ne sommes pas anéantis mais que les rêves et les valeurs de nos parents sont là, incarnés. Debout.

UnknownCe soir 14 avril, à partir de 22 heures, je serai dans les locaux de la Web radio de France Insoumise, autrement dit Radio Mélenchon, pour l’émission Les Jours Heureux. Ce que j’ai envie de dire? Que le hasard fait bien les choses en ce 14 avril, et que les espoirs de la France Insoumise d’aujourd’hui ressemblent à ceux des Républicains Espagnols. Transmission, partage, avenir. Joie. Et qu’il nous appartient de nous montrer vigilant-e-s. Les possédants n’ont pas pour habitude d’accepter le partage. Nous avons pour nous le droit et le nombre.

Unknown-1Enrichir la vie de tous. La vie, pas le portefeuille. De tous, pas de quelques uns.

Dilapider notre héritage, avec tous, pour tous. Et de nouveau, éclairer le monde.

 

8 réflexions au sujet de « ¡ 14 de abril ! Insoumis-e-s! »

  1. Chère Isabelle, c’st toujours un réel bonheur de te lire ou de t’entendre! Besos de Liège et bravo pour ton combat permanent.

  2. Ma Chère Isabelle
    J’ en ai des frissons à chaque fois que dans les livres ou chroniques de ce blog sont évoqué-e-s les Républicain-e-s espagnoles et qu’ainsi elles- ils sont inscrits dans l’histoire passée mais aussi celle d’aujourd’hui. Pour elles – eux, pour nous…Salud y Libertad

  3. Je commence à mieux comprendre ce qui nous amène à nous suivre mutuellement sur Twitter. .. Je porte en moi, comme vous, les traces d’un passé, d’un engagement politique , d’une conscience politique aiguë. .. Ma mère, flamande, à tourne le dos aux flamands collabos pendant la guerre et avec son premier mari, ils se sont engagés dans le Groupe G, groupe de resustants armés proche de l’Université Libre de Bruxelles et des communistes. Lui, médecin et armé faisait des attentats contre les allemands et soignait clandestinemenr les résistants blessés. Elle faisait passer des femmes et des enfants juifs en zone libre. Il a été arrêté par la Gestapo, déporté dans les camps, il est mort là-bas alors que ma mère était enceinte de ma demi-soeur.
    J’aime décidément beaucoup vous lire.
    Martin.

  4. bonjour, à ceux qui veulent découvrir certaines histoires survenues aux réfugiés espagnols en France, je conseille cette lecture:
    http://trajectoires.revues.org/966
    on découvre des actes politiques qu’on jugerait impossibles et inimaginables aujourd’hui (ex: un gouvernement socialiste français qui « s’assoit » sur le droit d’asile de réfugiés politiques), quoique…!
    saludos!

    • Merci!

      « Quoique »écrivez vous? Hélas le sort réservé aujourd’hui aux réfugiés n’a rien à envier à ce que connurent nos parents et grands parents.
      Merci de maintenir le lien et la fidélité à leur mémoire.

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