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Frankenstine

Dans le film (désopilant) de Mel Brooks « Young Frankenstein », (en français Frankenstein Junior) sorti en 1974, le nom Frankenstein, en VO, est prononcé Frankenstinn. A l’américaine (voir Frankenstein ,minute 3)*

 En français, on dit Frankenstein, (frankenchtaïne), à l’allemande, comme on dit Einstein (aïnnchtaïne). Ou Bernstein, (bernchtaïne), pour le compositeur. Ou Liechstenstein, (lichtenchtaïne), pour le pays.

Quand les media français ont commencé à parler de l’affaire Epstein, le nom était prononcé, logiquement, comme rimant avec Frankenstein, Einstein ou Lichstenstein, car nous sommes en France. Ça n’a pas duré. Très vite, les media ont choisi la prononciation à l’américaine : Epstinn. Pourquoi ?  Les motifs ne manquent pas. Par panurgisme : ce qui vient des USA fait toujours plus glamour. Par snobisme, pour faire croire qu’on parle anglais. Par mimétisme, pour imiter le dominant et ainsi se croire dominant. Par cette soumission idéologique qui fait préférer les prononciations de l’Empire aux françaises. Un mouvement se crée. Les journalistes essaient de suivre, croient se tromper en disant epchtaïne, se reprennent, répètent, passent de l’un à l’autre, remarquent qu’on ne sait plus comment prononcer, halala, c’est bien de la difficulté… On en oublierait presque pourquoi, pour quelles raisons profondes le dénommé Epstein squatte les media.

Si vous vous souvenez bien, il y eut un phénomène comparable sinon identique à l’époque de DSK. On disait Strauss avant l’affaire, comme les valses du même nom. Puis on se mit à prononcer Chtross. Pas Chtraousse, comme si on avait été fidèle à la prononciation germanique. Mais non. Pourquoi ? On ne sait pas non plus, mais depuis on dit Chtross.

Un ami me fait également remarquer qu’à la sortie du film Titanic, paquebot qu’en France on avait toujours appelé Titanic, comme ça se lit, phonétiquement. Puis le premier i se mit a diphtonguer à l’anglaise : Taïtanic. Pourquoi ? Pour faire genre, je suppose.

Les langues, c’est comme ça. Ça bouge. Ça suit les courants. Les courants dominants et aussi les autres. On emprunte ici et là. C’est parfois agaçant. Quand j’entends dire « reste focus » au lieu de « concentre toi » ça m’énerve un peu, mais je laisse de bon cœur la langue à ses métamorphoses. Elle est vivante, c’est plutôt une bonne chose.

Or voilà qu’à Lyon, le 26 février, il prend à Mélenchon de mentionner l’affaire. Pour en dire quoi ? Voilà: «… l’affaire Epchtaïne, ah je voulais dire Epstine, pardon, ça fait plus russe… alors maintenant vous direz Epstine et pas Epchtaïne, Frankenstine et pas Frankenchtaïne…. » 

Le public se marre.

Mais une onde de choc se propage. Les média s’enflamment. La classe politique s’indigne. C’est qu’ils ont vu, eux, l’antisémitisme sous-jacent (?) de ces quelques secondes. Et moi j’ai du mal à comprendre. Sur France Inter (l’Info de france inter, 27 février), j’entends : « les media auraient modifié volontairement la prononciation du nom de ce prédateur sexuel pour cacher sa confession juive ». 

Il me semble à moi que ce que Mélenchon a sous-entendu, c’est que les Russes, le KGB et sa culture des sales coups, ont financé Epstein, à ses débuts. Juif ou pas juif n’est pas la question. Une autre thèse penche plutôt pour Israël et le Mossad, aussi spécialiste des coups fumants que le KGB, mêmes méthodes. Tel que je vois Epstein, je pourrais dire les deux mon capitaine, et ça ne serait pas plus faux. Ni plus vrai, puisqu’on n’en sait rien. 

Ce que j’aimerais qu’on m’explique c’est en quoi telle ou telle prononciation cacherait ou révèlerait la judéité de qui que ce soit. Faire rimer Epstine avec Poutine me parait plus adapté à la dérision voulue par Mélenchon. Ce n’est qu’une hypothèse.

Et ce que je ne comprends carrément pas, c’est en quoi prononcer d’une façon ou d’une autre serait en soi antisémite. Pardon de considérer que l’accusation est gravissime et mérite d’être explicitée. N’hésitez pas à m’éclairer.

Voilà Mélenchon cloué au pilori. J’entends parler d’éléments de langage, de codes de l’antisémitisme. Un historien spécialiste (Christophe Prochasson) précise : « Le nom du juif est d’une certaine façon ce par lequel on le reconnait comme tel » Qu’est-ce-que c’est que cet argument? Reconnaître les juifs à leur patronyme, les définir, les « reconnaitre », est une spécialité des obsédés identitaires, que sont les antisémites. Pour nous autres qui ne le sommes pas, qui en sommes à mille lieues, ça ne présente strictement aucun intérêt. C'est un contresens. Nous, on les fond avec tout le monde dans la marmite universelle de l’humanité. Bienvenue à eux, bienvenue à tous.

L’historien ajoute : « on le voit très très bien par exemple dans l’antisémitisme au temps de l’affaire Dreyfus ». Pas seulement historien le gars. Gros malin aussi. En voulant se baser sur du solide, de l’historique, du fiable, il se tire une balle dans le pied. Affaire Dreyfus ? Ok ! D’après vous, à l’époque, Mélenchon se serait rangé du côté des dreyfusards avec Zola,  Jaurès et tant d’autres, ou des antidreyfusards comme Maurras ou Drumont ? Poser la question c’est y répondre. Ça vaut aussi pour Le Pen et Bardella.

La question avec Epstein n’est pas de savoir s’il était juif ou pas, ce dont il ne faisait pas mystère et dont on ne voit pas le rapport, mais d’être certain qu’il était un criminel sexuel, violeur, proxénète et peut être assassin dont les agissements en France méritent d’être investigués. Mais ça, ça intéresse moins les politiques que de cracher sur LFI.

On peut s’opposer à Mélenchon. Le contester, le critiquer, l’accabler. On peut. Pareil pour LFI. Mais que ce soit à coups d’arguments politiques. De démonstrations imparables. Pas d’insultes. Pas de coups bas. Pas de harcèlement. Ça fera du bien à la démocratie et du mal à l’extrême droite.

*Frankenstein/Frankenstin https://www.youtube.com/watch?v=nx8LjVmoSZk&list=PLlvGnj7LrJTu3-2paxxgysX8-l3Vp_9ZZ

 

03
Mar 26


Frankenstine


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