On est déjà le quinze et je ne vous ai toujours pas souhaité une bonne année…. C’est qu’entre découragement et proscrastination, face au tsunami de catastrophes, j’ai vite fait de remettre à après-demain ce que je pourrais tout aussi bien faire la semaine prochaine. C’est aussi que je ne sais pas trop quoi vous souhaiter, tant j’ai l’impression d’assister à un mauvais remake des années trente. Lentement mais surement, l’avalanche fasciste prend de l’ampleur. Les symptômes se sont accumulés, mais on n’y croyait pas trop, on se disait que certaines horreurs ne peuvent pas revenir. Mais si, elles peuvent. Mon sentiment d’impuissance est intense.
Mais il en faudrait plus pour me désespérer. Je vais me fabriquer moi même ma joie de vivre. Parce que je sais que ce désespoir qu’ils suscitent est la première arme de la bande de vieux gamins débiles, psychopathes nostalgiques de leurs érections d’antan, qui ont décidé de jouer avec la planète façon Chaplin dans Le Dictateur. Pas question de les laisser nous squatter l’esprit. Résistons. Comment ?
Je laisse l’immense Almudena Grandes (morte en 2021) l’exprimer mieux que je ne saurais le faire, quand elle présenta ses vœux aux lecteurs d’El Pais, fin 2012 (et oui, déjà) :
« Et malgré tout, je vais vous demander d’être heureux. Que vous cherchiez en vous-mêmes la flamme d’une illusion petite mais tenace, et l’alimentiez avec soin tout au long des 365 jours qui nous attendent. Que vous preniez soin de vous et de tous ceux qui vous entourent. Souriez aux adultes et chatouillez les petits. Chantez des vieux refrains, joyeux ou nostalgiques, dansez collés-serrés, embrassez-vous beaucoup, autant que vous le pouvez, mettez tout votre cœur à cuisiner des plats savoureux, baroques, pour en profiter ensemble sur des tables couvertes de nappes blanches. Profitez des matins ensoleillés et des après midis de pluie. Montrez-vous fiers de votre amour. Dilapidez-le.
L’amertume nous rendra faibles. L’indifférence, la désespérance, la désunion des victimes, renforcent toujours les coupables. N’y consentez pas. Ne les laissez pas entrer dans votre maison, maculer vos murs, dessécher vos plantes, traquer le sommeil de vos enfants. Soyez forts, et soyez heureux. Parce que le bonheur est la meilleure façon de résister ».
Rendez vous heureux. Soyez heureux.