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¡ Huit mars !

Depuis des semaines, des mois, le visage d’Epstein ne quitte pas les vitrines médiatiques. Le discours qui l’accompagne donne dans le style stupéfait. Journalistes, chroniqueurs, spécialistes en tous genres n’en reviennent pas d’une telle horreur. D’après eux, du jamais vu. De l’exceptionnel, du calibre, du king size. Du HORS NORME, répète-t-on…

Hors norme ? Vraiment ?

État des lieux :

D’une part, les victimes. Des femmes très jeunes. Vulnérables de par leur âge même, mais aussi de par leur parcours. Mineures pour certaines, parfois enfants. Certaines tout juste majeures. Depuis plus de vingt ans, elles ont parlé, dénoncé, décrit, avec clarté et précision, les agressions auxquelles elles ont eu à faire face. Avec un courage qui force l’admiration et une détresse qui brise le cœur, elles ont tenté de se faire entendre. En vain.

D’autre part, les agresseurs. Des hommes richissimes, célébrissimes, surpuissants, se sachant au-dessus des lois et des frontières. Organisés, réseautés, complices, ils violent et font violer, échangent, déplacent, mettent à disposition (tuent ? la question est posée), ces adolescentes, ces fillettes. Ils les traitent littéralement comme des objets, des marchandises, des produits.

J’observe le traitement médiatique de l’affaire. Stupéfaction générale, donc. Mais pas seulement. On peut aussi discerner une pointe de voyeurisme, de délectation à l’évocation croustillante des turpitudes de la jet set. La description des sévices occupe plus d’espace que l’analyse des interconnections, liens, causalité, effets domino, etc. De tout ce qui fait système. 

Quel système ? Celui qui lie toutes ces stupéfactions successives.

Epstein ? Incroyable. Tentaculaire. Surpuissant. Inexplicable. Un monstre !

Mais souvenez vous, l’année dernière, au procès de Mazan, même hallu : Dominique Pélicot ? Inouï. Un monstre ! 

Et avant, en vrac, parmi tant d’autres, les tueurs Fourniret, Dutroux, Guy Georges, Francis Haulme, Emile Louis, Dupont de Ligonnès, Chanal, Landru…  Autant de monstres.

Et les violeurs Matzneff, Morandini, PPDA, Mitterrand, Miller, DSK et les autres ? Des monstres aussi ?  Ceux là, on les qualifie plutôt de malades.

Des individus présentés individuellement comme pervers, dysfonctionnels, font leur tour de piste médiatique, trois petits viols trois petits meurtres et puis s’en vont, chassés par le suivant, encore plus dégueulasse, ahurissant, inimaginable… Chacun isolé de celui qui précède et celui qui suit. Une succession d’épisodes dissociés, sans autre explication que leur stupéfiante pathologie.

Sauf qu’ils ont une fonction. La terreur sexuelle exercée sur quelques-unes tient toutes les autres en respect. Pas hors norme, donc. Au contraire. Fondation. Colonne du temple. Institution. Garantie de pérennité.   

Le patriarcat est si bien rôdé, si absolument solide, que d’innombrables témoignages, des millions de mails, vidéos, photos, ne suffisent pas à mettre les criminels hors d’état de nuire, à démanteler les réseaux. Au cas où elles en auraient la volonté, ce qui reste à démontrer, ni la police ni la justice ne disposent des moyens nécessaires. Les lois fonctionnent à la manière de filets inversés qui emprisonnent le menu fretin et laissent libre le gros poiscail. Quant on en arrive aux violences machistes, même le menu fretin s’en sort. Il n’y a carrément pas de filet. La certitude de l’impunité est le moteur du passage à l’acte criminel.

Et le massacre continue. La créativité, l’imagination masculines dès qu’il s’agit de saccager, voire de détruire la vie des femmes, ne connait ni pause ni limite. Violence ordinaire, quotidienne, trop banale pour attirer l’attention. Pour passionner les média, il faut du spectaculaire, de l’inédit, du cannibale, du fourré président. Le mécanisme néolibéral de ruissellement vers la haut, the winner takes it all, le premier rafle tout, ne fonctionne pas seulement pour les blockbusters et les best sellers… 

Après Mazan, la honte allait changer de camp, vous vous souvenez ? Il se trouve que des journalistes voulant faire le point, ont publié une annonce semblable à celle de Pélicot. Ils ont très vite récolté une centaine de volontaires prêts à violer une femme inanimée. Pas étouffés par la honte.

Détail ironique : la seule personne emprisonnée à ce jour dans le cadre de l’affaire Epstein  est… une femme ! Guislaine Maxwell. Fille à papa. Amante du violeur en série. Une collabo, de la tribu des tireuses contre leur camp. De l’engeance de Mesdames Dutroux et Fourniret, entre autres, sous emprise, prêtes à toutes les bassesses pour se ranger du côté des plus forts. L’abjection n’a pas de sexe.

Le patriarcat en a un.

Et on aura sa peau.

Bon huit mars, les filles !

 

 

 

 

 

 

 

 

08
Mar 26


¡ Huit mars !


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