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Impayable Zemmour

Sur le plateau de « On n’est pas couchés », le samedi 3 novembre 2007, Laurent Ruquier, en présence de Zemmour, chroniqueur, recevait Nadine Trintignant. Elle dit qu’en France, tous les deux jours, une femme meurt sous les coups de son compagnon. Zemmour réagit aussitôt, il a trouvé la parade : un homme meurt tous les douze jours sous les coups de sa compagne. Ah ! Ça vous la coupe, hein ? Le but de Zemmour ? Nier l’existence de la violence machiste en lui opposant une violence symétrique exercée par les femmes sur les hommes. Ce qui choque Zemmour, c’est qu’on puisse prétendre qu’il existe un phénomène appelé violence des hommes sur les femmes. Qu’il puisse exister un système appelé patriarcat. Il n’est pas à une contradiction près puisque dans son inoubliable ouvrage sur « Le premier sexe », il n’arrête pas de justifier la domination masculine par la biologie elle même : une saine brutalité prédatrice serait inscrite par nature dans le chromosome masculin. Faudrait savoir.

Mais il aime les chiffres, et il aime la compète apparemment. Son côté masculin, à n’en pas douter. Allons-y gaiement. Un homme tous les douze jours par rapport à une femme tous les deux jours, c’est déjà six fois moins, ce qui n’a rien de négligeable. S’il avait lu le rapport jusqu’au bout, ou s’il avait daigné en faire part au téléspectateur, il aurait précisé que la moitié de ces crimes féminins sont le fait de femmes battues cherchant à se défendre, ce qui est de l’ordre de la légitime défense. Nous voilà dans un rapport de un à douze. On sait qu’il y a des femmes assassines, des femmes incestueuses. Un cas sur dix. Nous sommes donc sous la normalité qui constate un rapport de un à dix dans la criminalité féminine par rapport à la criminalité masculine. Les femmes ne sont ni plus ni moins vertueuses que les hommes. Ce qui fait la différence, c’est un système de pouvoir d’un sexe sur l’autre. Mais Zemmour ne supporte pas qu’on le dise.


Mais continuons le raisonnement, puisqu’on en est aux chiffres et à la compétition, puisque Zemmour se lance dans les comparaisons. Vérifions qui, des hommes ou des femmes, peut exhiber la plus belle collèque de victimes… L’inflexible défenseur du machisme semble avoir ses entrées dans des univers statistiques qu’il est le seul à connaître, vu que ni le ministère de l’Intérieur ni le ministère de la Justice ne publient de statistiques sexuées en France. J’aimerais donc qu’il nous procure, au niveau mondial, et aussi historique, des chiffres concernant, par la faute des femmes, le nombre d’hommes :
- pas nés pour cause d’avortement sélectif.
- amputés du gland ou de la totalité de la verge.
- vendus, torturés, violés, prostitués, mariés de force.
- mal nourris, mal soignés, sous-éduqués par rapport à leurs soeurs.
- dépossédés du fruit de leur travail, non représentés dans les parlements, les conseils d’administration…


Ce style d’inventaire sinistre ne peut constater qu’une chose, et tout le monde sait laquelle. Oui, c’est gênant. Alors certains, plutôt que de lutter contre la persistance de l’injustice et de la violence, préfèrent nier. Même quand ils aiment leur femme, même quand ils ont des filles, qui, à un moment ou à un autre de leur vie, se heurteront à l’un des mille rouages de la violence machiste. Opacité du comportement des salauds ordinaires…


Je me souviens qu’étant invitée sur le même plateau, à l’occasion de la sortie de mon dernier roman, j’avais été accueillie par Laurent Ruquier, qui connaît mes antipathies, par un jovial :
- « Alors qu’est ce que ça vous fait d’être face à Zemmour ? » J’ai l’habitude de réagir avec le sourire… Je me fends de mon plus bel, et je réponds :
- « Ne vous inquiétez pas je contrôle mon allergie… » J’ai alors la grande satisfaction d’entendre Zemmour répondre :
- « La différence entre nous, c’est que moi je n’ai pas de haine… » À savourer sans modération… Porte ouverte sur l’inconscient Zemmmourien... Non seulement je dis « allergie », il comprend « haine », le glissement est spectaculaire et témoigne d’une bonne foi inoxydable, pour le moins… Puis il assène qu’il n’a pas de haine. Demandez à mon pote Miller : quand quelqu’un affirme quelque chose qu’on ne lui a pas demandé, il dit le contraire de ce qu’il pense. Genre : « C’est pas pour dire du mal… » ou « C’est pas que je m’ennuie… », ou « Je n’ai pas d’antipathie particulière… ». La dénégation est le signe même de l’affirmation inconsciente. Oui, Zemmour a de la haine. Et pas qu’un peu. Il le sait. Ça lui vaut apparemment une bienveillance médiatique à laquelle ne saurait prétendre aucune féministe.


iA !

27
Nov 07


Impayable Zemmour


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Espace commentaire

Suzanne B. - Le 30/12/2015 à 02:38

Vous avez été vengée peut-être quand dans cette émission précisément et lorsqu'il a quitté, on l'a imité et caricaturé en petit maniaque sadique et phallocrate. Vous n'avez jamais été excédée par Aymeric Caron jusqu'à le traiter de petit con comme Caroline Fourest. Ce que personnellement, je ne trouve pas grave. Mais c'est une femme et une féministe aux yeux éclatants de colère. Je l'aime bien pour cela. Et encore elle s'retenait!


Anne Vaptzarof - Le 15/04/2022 à 22:11

Quel talent Isabelle !!!! Comme cela me met en joie !


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