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Ça décoiffe!

imagesÉpoustouflant comme ça va vite. En tout cas moi ça m'époustoufle... Le confinement, avant, je lui voyais un petit air pantoufles-tisane-mots-fléchés propres à l'idée qu'on se fait du mode de vie de ces amortis de la souplesse articulaire et abonnés au cholestérol qu'on appelle habituellement les vieux de la vieille, chers à René Fallet. A noter que l'expression "les vieilles des vieux" n'existe pas, ou alors elle aurait un autre sens, ce qui prouve, encore une fois, si besoin était, qu'il n'y a pas de symétrie hommes-femmes en riant terrain patriarcal.

UnknownMais revenons à nos capacités d'adaptation. On croyait aller vers le lent, très lent, le soft, le moumou. Le patient. L'immobile. Et en deux temps trois mouvements, hop, on s'est tous retrouvés aussi bouclés à la maison qu'une Saoudienne neurasthénique. Les rues du monde entier se sont vidées en quelques jours. Sidérant. Comme si on avait fait ça toute notre vie. Bon, moi, un peu. La scribouillarde est une sorte de recluse professionnelle, a de l'entrainement. Pour autant, rien ne me préparait à la rapidité avec laquelle il m'a fallu très peu de temps pour frémir en voyant à l'écran des personnages se serrer la main ou se faire la bise. Avant de réaliser que la scène avait été tournée en 2003.

Unknown-2Et on a vu en vrai ce qu'on n'avait jamais vu que dans des images de l'Occupation, ou des reportages lointains sur le bloc soviétique, ou encore, de nos jours, pour les sorties d'un nouvel i-phone:  des queues devant les magasins ! On a commencé par se frotter les yeux (Nooon! Pas frotter les yeux! Pas touche! Encore un réflexe acquis très vite.) puis on a pris de nouvelles habitudes. On a intégré aussi sec le temps d'attente-sur-trottoir dans la planification du ravitaillement... Le mot lui même, ravitaillement, fleure bon (?) son marché noir, sa pénurie, sa cochonnaille clandestine traversant Paris, Monsieur Jaaambieeer, 45 rue Polivoooooo!!! On se la joue maquisard de la grande époque en faisant le pied de grue devant le Lidl... L'aventure au coin de la rue...

Unknown-3Surprise, encore, à constater que regarder le monde de son balcon ou son écran se révèle plein de surprises! Comment aurions nous anticipé ? Car ça décoiffe! Ça tourne vite ! Pour commencer, les courbes de pollution atmosphérique urbaine (à la campagne, ça pesticide à tour de bras, c'est la saison il parait...) ont piqué du nez, direct dans les choux, dès les premiers jours! Du jamais vu.  Expérience in vivo. On a commencé à mieux respirer un ciel purifié, et à se détendre les yeux en regardant les étoiles la nuit... Après, quand les épiciers se seront remis à calculer combien a couté la pandémie, comment il va falloir mettre les bouchées doubles, bosser beaucoup plus pour beaucoup moins, transpirer des points de croissance, payer sa survie par le burnout, il faudra veiller à ce que leurs comptes d'apothicaire intègrent cette parenthèse enchantée, toutes les maladies évitées, cancers, BPCO, asthmes, allergies, et autres dégoutantes pathologies dont on va s'épargner le coût. Je rêve en technicolor? Oui. Excellente occupation confinée.

Unknown-4D'autres apparitions, surprenantes aussi par leur rapidité! Des canards, des chèvres, des dindons, des lapins, des bouquetins, des sangliers, des biches et même un puma, tout une ménagerie intriguée par le nouveau silence des villes s'aventure dans les rues, joue les touristes. Je regarde les vidéos avec ravissement. Maintenant qu'on les connait mieux, que la technologie nous les fait voir comme on ne les a jamais vus avant, si on pouvait se mettre à les respecter... Remplacer la bagnole en ville par une ambiance cour de ferme, basse cour, veaux, vaches, cochons, volailles, ânes, moutons,  partageant la ville...  Je rêve encore?

Unknown-5Il y a eu aussi, très vite, les applaudissements, le soir, pour dire merci aux hospitaliers, les bien nommés. Ceux que le pouvoir a méprisés pendant leur très longue mobilisation, qu'il a réprimés, roué de coups, gazés, dont il a ignoré les très raisonnables revendications avec une morgue obscène, donnent toute leur mesure, risquent leur peau, deviennent en quelques jours nos héros. Et, presqu'aussi vite, les râleurs habituels ronchonnent, et que  c'est facile d'applaudir, et que faudrait pas s'en contenter, et que où étiez vous pendant les manifs, etc... Veulent-ils bien, ces scrongneugneu, considérer que nous sommes nombreux à nous être solidarisés, à avoir manifesté, gueulé, protesté, hurlé, giletjauné, ET à applaudir le soir? Faites ce que vous voulez, ô esprits chagrins, et lâchez la grappe aux autres. Oui, on retournera dans la rue, et on gueulera fort, et je ne vois pas en quoi ça empêche d'applaudir, c'est pas en même temps et pas les même organes. Alors vos gueules, les muets.

images-1A l'opposé des scrongneugneu, il y a ceux qui passent à l'action. Qui font des pizzas et les livrent au personnel des hostos. Qui leur prêtent des apparts, posent des colis de bouffe sur les paillassons des toubibs de ville, des plateaux repas sur les paliers des vieillards isolés. On déborde de tendresse pour ceux là. Qui, si ça se trouve, applaudissent, en plus, le soir.

Ne pas se contenter d'applaudir. Taper des pieds, de la casserole, donner de la voix, du vuvuzela si on en a un... Et au delà, quand le virus aura remballé ses gaules, ne pas oublier. Ne rien oublier. Utiliser la crise sanitaire comme aux arts martiaux on utilise la force de l'adversaire. Tordre le cou aux raisonnements assassins des zéconomistes. Retourner le système. Unknown-6Prendre conscience que c'est possible. Imaginer une autre politique. Juguler réchauffement et pollution. La planète est bonne fille, elle réagit au quart de tour. Quart de tour?  Ce qui nous fait six heures. J'exagère? Non, je rêve encore, et c'est si bon...

Provoquer l'embellie post corona. Et la crise sanitaire qui, à l'inverse du pal, a commencé si mal, pourrait finir si bien....

02
Avr 20


Ça décoiffe!


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Espace commentaire

Barbara - Le 03/04/2020 à 07:27

Zut, me voilà scrongneugneu ! Faut dire que ceux qui m'ont invitée à applaudir, je ne les vois jamais en manif.

Isabelle Alonso - Le 03/04/2020 à 08:39

Je parle de ceux qui ne font rien mais trouvent toujours à redire à ce que font les autres... Ce ne sont pas les pires mais leur attitude n'avance à rien. Applaudit qui veut!



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