ingrid le retour...
par isabelle alonso - 3 juillet 2008


Mercredi soir, en direct, sur LCI. Pendant de longues minutes, un bandeau annonce la libération d’Ingrid Betancourt. Médusée, j’attends la suite. Je veux en savoir plus, mais les bulletins d’infos se succèdent, en boucle, les mêmes depuis le début de soirée. Qu’attendent-ils pour en dire plus ? Que l’info soit confirmée… Elle finit par l’être. Ingrid est bien libérée. Émotion. J’ai, comme tout le monde, après les dernières photos, vraiment eu peur qu’elle ne revienne jamais. Une vraie joie, donc, de savoir que cette histoire là, au moins celle-là, finit bien. Je pense aux enfants d’Ingrid, Mélanie et Lorenzo, tellement touchants, solides. Tellement familiers qu’on croit les connaître. Je reste scotchée devant l’écran. Impressions diverses, à chaud...

Elle vient de descendre de l’avion. Elle a un chapeau. Je me dis (trop fille !) mon dieu, ses cheveux, si ça se trouve elle a un problème avec ses cheveux. Son mari s’approche. Ingrid (trop fille !) vire le chapeau pour l’embrasser. Ses cheveux sont intacts, nattés autour de sa tête. Les tresses vont être à la mode cet été…

Puis elle se détourne, re-embrasse sa mère, et fait face. Nous avons vécu, ici, en France, des retours d’otages libérés. Ça dure quelques brèves minutes, le temps de les apercevoir, d’être rassurés sur la réalité de leur présence, et on les met à l’abri. En Colombie, non. Commence sur le tarmac une sorte de marathon, photos, discours, remerciements, hommages à l’armée colombienne, questions des journalistes présents. On en est fatigué pour les otages. Ingrid parle, parle, comme si elle était en pleine forme. Soit ils l’ont shootée dans l’avion, soit, plus vraisemblablement, elle est shootée à la libération. Elle va planer pendant un moment… Après, on verra. L’après-captivité n’est sûrement pas si simple.

Elle rassemble les autres otages autour d’elle. Ils parlent, chacun leur tour. Dommage qu’il n’y ait pas plus de spontanéité dans leur propos, même si leur sincérité ne fait aucun doute. Ils rendent un hommage un peu ampoulé aux forces armées, comme si on leur avait fait la leçon avant l’atterrissage. Leurs mots à eux auraient été plus forts, sans doute.

Ingrid, on ne la lâche pas. Les journalistes lui posent des questions incroyables : si elle ne regrette pas de s’être rendue à San Vicente le jour fatidique de son enlèvement, si elle va se présenter aux prochaines élections. Sans ménagement, déjà…

Derrière Ingrid, souriant, discret, son mari, qui l’attend depuis plus de six ans et qui attend son heure. J’ai vu, dans un reportage, qu’il a gardé leur appartement dans l’état précis où il était le matin où elle a été enlevée. Geste d’amour, et d’espoir.

Ingrid s’adresse à la France et aux Français. Elle n’aura oublié personne. « Je suis colombienne et je suis française, mon cœur est partagé… » Ces mots, évidemment, me touchent particulièrement. La double appartenance culturelle me rapproche encore. Au détour d’une phrase en français, deux hispanismes : « Je vous porte à tous dans mon cœur, je vous remercie à tous.. » ça m’émeut encore un peu plus…

Elle s’agenouille, se met à prier, demande à tous les Colombiens de remercier Dieu. Ça tombe bien, je ne suis pas colombienne. Cette façon d’en appeler à Dieu, c’est pas ma came, du tout. C’est la sienne, ok. Mais qu’on ne me demande rien dans ce registre, merci.

A Paris, devant l’Elysée, Sarkozy fait une allocution, entouré de Mélanie et Lorenzo, et aussi d’Astrid avec son jeune fils, une dizaine d’années…. Ils parlent tous, à tour de rôle. Moment amusant, au milieu de toute cette émotion quand le petit, après sa mère, s’approche du micro et semble s’étonner de ne pas avoir droit à la parole…

« Je vous porte en mon sang. Je suis à vous ». Et réciproquement, Ingrid…

iA !