se méfier de tout, partout, tout le temps ?
Je pars à Saint Louis, pour le salon du livre. Je ne pense qu’à Susanna Zetterberg. Une de plus. Elle avait dix neuf ans. Elle vient de mourir. Elle est montée dans un taxi parisien, et c’était son dernier voyage. Quelques larmes de crocodile et on l’oubliera, comme les autres.
Le procès Fourniret suit son cours. Un tueur de femmes, de jeunes filles, de fillettes. Monstre ? Ou juste un type qui met en pratique la haine des femmes, mise en scène à longueur de temps, donnée à voir en permanence, par, entre autres, la pornographie ?
Il y a quelques jours, une banderole de supporters imbéciles insultait bêtement, et de manière assez inoffensive, les ch’tis. Ça fit scandale. Ministres, entraîneurs, joueurs, journalistes protestèrent, trop affreux. L’honneur des ch’tis fut préservé. Ok.
Pour Susanna, aucun ministre ne s’est insurgé, aucune voix officielle ne s’est élevée. C’est que, voyez vous, la violence contre les femmes, qui ne se contente pas de peinturlurer des banderoles aux couleurs de la connerie ambiante, mais qui va jusqu’au meurtre en passant par la torture, ça fait juste partie des « faits divers ». Les « faits divers », c’est le nom du déni. La barbarie contre les femmes, ça fait partie du paysage, de l’ordre établi... C’est bien malheureux, ma pauvre dame, mais c’est la fatalité… Des hommes tuent des femmes, ça a toujours été comme ça, et ça sera toujours comme ça…
Sauf que non. Des dizaines, des centaines de femmes, souvent très jeunes, parfois des fillettes, paient de leur vie la sauvagerie de notre culture vis-à-vis des femmes. Mais on continue à faire comme si chaque assassinat était déconnecté de celui qui précède ou celui qui suit. Combien faut-il de mortes pour que l’on perçoive que cette violence fait système ?
Fatalité ? Ordre naturel ? Ou conditionnement culturel intense qui valorise la violence, impose les stéréotypes de femmes-victimes et d’hommes-prédateurs et encourage l’expression publique de la haine des femmes à mesure qu’il censure la pensée féministe ?
"Faits divers" ça ne veut rien dire. Il s’agit de violence machiste. Quotidienne. Sordide. Insupportable. Le massacre des filles continue dans le voyeurisme médiatique et l’indifférence des pouvoirs publics.
Susanna. Ne l’oublions pas. Plus jamais ça.
iA !