Il y a 40 ans, on marcha sur la Lune. Vendredi 18h30, TV5, émission « C dans l’air ». Aujourd’hui le thème est « 12 hommes sur la lune ». Sur le plateau, des hommes, donc. Cinq. Pas une seule femme. On parle espace, c’est sérieux, c’est technique, donc on reste entre mecs. Une évidence. Signe des temps, l’animateur aborde tout de même la question qui, il y a quarante ans, n’aurait même pas effleuré l’esprit des débatteurs : y a-t-il des femmes dans les équipes de spationautes à l’entraînement ? Oui, il y en a, figurez vous, 16%, très exactement. Pourquoi pas la parité ? demande alors le journaliste. Parce qu’on en trouve pas, des femmes volontaires, répond le spécialiste. Ça aussi, c’est dans l’air du temps. Avant, quand on justifiait l’exclusion des femmes, on disait : « Elles sont trop nerveuses. Trop émotives. Trop connes ». Aujourd’hui, on fait mine de déplorer, la main sur le cœur, le manque d’allant des femmes elles-mêmes dans tous les domaines, politique, média, etc…. Ben voyons ! Quand on se renseigne directement auprès des femmes qui tentent l’aventure de s’incruster dans les milieux très masculins, la musique est toute autre. Mais il n’y a pas de femmes sur le plateau. Les messieurs présents peuvent donc assurer qu’ils ne demanderaient pas mieux que d’instaurer la parité, c’est quand même pas de leur faute si elles veulent pas ! Tartuffe pas mort.
L’animateur revient à la charge, c’est pas qu’il est féministe, mais il a des fiches, il va au bout du raisonnement : jadis, sur les navires, on refusait d’embarquer les femmes parce qu’on les disait porteuses de zizanie. Est-ce le cas aujourd’hui sur les vaisseaux spatiaux ? Un spationaute se récrie : « Pas du tout, au contraire ! Elles apportent de la complémentarité ! » Ouf ! On respire ! Les femmes sont admises dans le cercle glorieux des hommes volants ! C’est à ce moment là du raisonnement qu’il convient d’observer le mécanisme de récupération. La présence des femmes n’est pas présentée comme une simple question d’équité. Non. Notre homme ne dit pas que les femmes sont admises parce que cela est JUSTE et point barre, mais parce que loin d’être factrices de trouble, elles apportent la myrrhe et l’encens de leur complémentarité avec l’occupant légitime des lieux ! En d’autres termes, c’est en fonction du regard mâle que la femelle de l’espèce humaine est, ou pas, autorisée à s’exprimer. Détail ? Oh non ! Rouage essentiel. Millénaire. Les femmes sont invitées, voire contraintes à se mouvoir en fonction de ce que les hommes décident pour elles. Vieille, très vieille histoire… Ça ne vous rappelle rien ? En plus moderne, c’est la même base de raisonnement que pour la burqa et autres étoffes cache-sexe. Cachez ce sein que je ne saurais voir… Que je ne saurais voir ! L’œil du maître fait loi. Lourd, le machisme, même en apesanteur.
iA !