D’abord, réjouissons nous de l’efficacité du système « Alerte-enlèvement » qui a permis de retrouver le petit Ibrahima, 18 mois, dont la petite bouille a été diffusée massivement et de manière très impressionnante sur tous les media, avec un message ferme, efficace et précis. Preuve, s’il en était besoin, que se donner les moyens de sa politique est la seule recette de l’efficacité. Ibrahima a été retrouvé, très vite, et on a pu respirer plus librement.
Réjouissance de courte durée quand on en apprend un peu plus sur cette atroce affaire. Le père du bébé a tué la mère, Tania, âgée de 26 ans. A coups de couteau… Cet homme, auteur de multiples violences et menaces sur elle, avait été condamné par la justice à vivre hors du département du val-de-marne où résidaient mère et enfant. Résultat ? Il habitait à proximité. Elle avait déposé moult mains courantes sans aucun effet. Résultat ? Il la poignarde, la tue. Une de plus. On va encore nous parler de « monstre » ? De meurtre incompréhensible ? De fatalité de la violence ? Quelle explication, quelle justification va-t-on encore utiliser quand la loi est bafouée par ceux-là même qui sont censés l’appliquer ? A quoi sert la justice si ses décisions ne sont pas appliquées ? A quoi sert la police si elle attend l’irrémédiable pour agir ? A quoi nous servent ces institutions incapables de faire respecter leurs propres lois ? A quoi nous servent tous ces obscènes discours sur la « dignité des femmes », l’ « égalité », les « valeurs de lé République » et autres sornettes creuses et insultantes ? Le massacre continue, les mortes s’accumulent sans que rien ne bouge. Nous vivons une situation de violence extrême, d’injustice flagrante. Qui en parle ? Qui la dénonce ? Qui se donne les moyens de lutter contre elle ? Ceux qui ont le pouvoir s’en servent pour ne pas bouger. Scandale insupportable. Vies sacrifiées.
Il parait qu’Alliot-Marie demande des éclaircissements au procureur général de Paris et un rapport "sur la prise en charge et le suivi des mesures qui avaient été ordonnées". Trop tard. C’est pas du "suivi" qu’il faut s’occuper, c’est de ce qui précède ! Il y a de quoi enrager face à une telle persévérance dans l’immobilisme et une telle capacité d’étonnement devant des violences mille fois renouvelées. Chaque fois, il se trouve un ministre pour ouvrir des grands yeux étonnés : "Ah bon ? Mais qu’est ce qui s’est passé ?" Hypocrisie, cynisme ou stupidité ? Pire : indifférence. Dans deux jours, on aura oublié. Dans trois jours, une autre morte viendra de nouveau susciter l’incrédulité.
Ce ne sont pas des évènements isolés les uns des autres. La violence masculine fait système dans un déni collectif qui évoque, par le décalage entre la réalité des faits et la façon dont elle est décrite, le révisionnisme permanent des pires dictatures. Il est temps que cela cesse. Qu’on se donne les moyens de mettre en œuvre les principes claironnés. C’est une question de volonté politique. De simple humanité. Les filles, il est temps de se mettre en colère. Pour Ibrahima, qui grandira sans sa mère. Pour Tania, qui est morte en appelant au secours. Et pour tant d’autres...
iA.