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par isabelle alonso - 9 février 2010


Je reçois plus de livres que je ne peux en lire et cela me ravit. Ils s’accumulent petit à petit sur la méridienne de mon entrée, et cela me procure une sensation de confort, de sécurité. J’aime les livres. Quand il y en a trop, je trie. Je les sépare en deux : ceux que j’ai l’intention de lire et ceux dont je sais que je ne les lirai pas. Je pose ces derniers sur mon palier avec un petit panneau « servez-vous ». Les livres sont de nature nomade, il faut les laisser voyager. Au début ça fonctionnait. Visiteurs, livreurs et personnes de passage triaient, en choisissaient un, ou deux en fonction de leurs goûts. Puis une petite maline qui travaille dans l’immeuble et n’a même pas essayé de se cacher les a tous pris d’un coup et j’imagine qu’elle est allée les proposer chez quelque revendeur. Depuis, c’est la gardienne qui s’occupe de cette question. Pourquoi je vous raconte ça ? Parce que j’en ai reçu un que je ne donnerai pas. Un brin austère, lettres rouges sur fond violet comme il sied à son genre, il va aller trôner sur mon étagère dédiée aux livres féministes. Son titre ? « mlf//textes premiers ». L’auteure ? « collectif ». L’éditeur ? Stock.

Ces textes ont été réunis et présentés par Cathy Bernheim, Liliane Kandel, Françoise Picq et Nadja Ringart. Son prix ? 19 euros. Si vous voulez en savoir plus sur ce MLF dont on parle tant et qu’on connaît si peu, si vous voulez lire des textes écrits il y a plus de trente ans et qui restent d’une poignante actualité et d’une réjouissante acuité, et d’autres qui prouvent à quel point l’action de ces femmes a profondément influencé notre vie d’aujourd’hui, si vous ne voulez pas mourir idiot-e-s, achetez-le, lisez-le. Vous découvrirez ce mouvement riche, houleux, contradictoire, erratique, libre, tapageur, savoureux, démocratique et intensément libérateur. Depuis, on ne parle plus que de ses « excès ». Son principal excès, aux yeux de ses puissants détracteurs, était simplement d’exister. Des femmes qui prennent la parole ? Analysent et s’expriment ? Contestent et se marrent ? Se mobilisent et luttent ? Refusent l’injustice ? Excessif, en effet, pour ceux qui savourent chaque jour leurs privilèges et craignent par dessus tout qu’ils puissent disparaître.

« mlf//textes premiers » bénéficie de moins de battage médiatique que les élucubrations de BHL, mais il vous nourrira davantage. Quand on sait d’où on vient, on voit où on va.

iA !