Questa matina, mi son svegliato d’humeur guillerette vu que c’est ma fête, et, non, pas bella ciao, mais j’ai lu le Figaro, qui nous régale ce matin d’un supplément santé plein d’infos sur notre petit corps, ses bobos et ses pannes. C’est nouveau, ça vient de sortir… Moi vous me connaissez, je ne suis que mauvais esprit et compagnie. Je feuillette la chose, et mon scanner perso bipe immédiatement. Jugez plutôt : le Fig étant un journal moderne, il est abondamment illustré. Le supplément santé de quatre pages distrait l’œil au moyen de quinze photos et dessins, pas moins. Sept sont neutres, à savoir qu’on ne peut pas les sexuer ou que le faire n’est pas significatif : photos de séries américaines (dont le Dr House et l’équipe d’Urgences) ou bébés.
Trois représentent des patients : deux insomniaques et une sourde, pardon, déficiente auditive. Trois femmes, anonymes. Cinq représentent des spécialistes compétents : professeur, ORL membre de l’Académie Nationale de médecine, psychiatre, néonatologiste, pédopsychiatre. Cinq hommes, cités ès qualité. Hasard ? Pas tant que ça figurez vous. Cette affectation des unes et des autres au camp des quidams et des autres à celui des experts est une constante dans les médias, comme l’ont démontré à moult reprises des enquêtes anglo-saxonnes, ou émanant de l’AFJ, journalistes françaises ou même de source gouvernementale. C’est dire si la question a été explorée, décrite, quantifiée et déplorée. Sans effet, manifestement.
La puissance de l’image est bien connue, elle frappe notre rétine et donc notre perception immédiate, reptilienne. Elle confirme et renforce les stéréotypes les plus éculés. Et les plus pervers, puisque si on passe de l’image à l’écrit, on constate que les articles sont signés Dr. Sandrine Cabut, Anne Jouan, Dr. Martine Perez, Martine Lochouarn, Pascale Senik et des initiales J.-L. N, qu’on peut supposer masculines. A noter également que le corps des articles donne la parole à des médecins dont on ne peut déterminer le sexe que si le prénom est mentionné. Ainsi nous savons que le Dr Monfrais-Pfauwadel, phoniatre, est une femme car sa première citation mentionne son prénom, Marie-Claude. Elle est ensuite simplement désignée comme « le Dr Monfrais-Pfauwadel ». Si son prénom n’était pas cité une fois, on aurait spontanément tendance à penser que c’est un docteur normal, voyez ce que je veux dire... La présence des femmes change le monde mais ni sa représentation, ni la grammaire. Comment appelle-t-on ce principe ? Manipulation ? Censure ? Révisionnisme ?
Alors que le secteur de la santé, comme le prouvent les signataires des articles, c’est à dire celles qui ont fait le boulot, fait partie des tâches sociales volontiers dévolues aux femmes, les signes de compétence, de prestige et de pouvoir restent, par le biais de ce véhicule immédiat d’idées toutes faites qu’est l’image, affectés au sexe mâle. C’était ce matin, 22 février 2010, dans le Figaro, quotidien moderne plein d’images et de couleurs. C’est pas que ma fête à moi. Les médias, c’est notre fête tous les jours...
iA !