Ah ça, pour faire désordre, ça fait désordre ! Un très proche conseiller de Raffarin pris non pas la main dans le sac, mais la bistouquette en vadrouille dans une bouche rémunérée, ça la fout mal, faut reconnaître... D’habitude, les gazettes ferment les yeux sur les braguettes ouvertes. Là, elles en ont fait des gorges chaudes. Le sucé a dû démissionner.
Il y a ceux qui trouvent scandaleux que la vie privée d’un homme public ne soit pas davantage protégée. Il y a ceux qui trouvent scandaleux que les ennemis politiques d’un conseiller du gouvernement utilisent des armes aussi basses pour le faire tomber. Il y a ceux qui trouvent scandaleux que la jeune femme prostituée soit mineure.
Et tout le monde a raison. Mais moi, j’aurais envie de vomir même si la vie privée de ce monsieur avait été respectée, même si ses ennemis avaient utilisé des armes légitimes, et même, tenez vous bien, si la femme en compagnie de laquelle il a été arrêté avait vingt ans. Ou quarante.
Récapitulons. Depuis plusieurs années, tout le monde peut constater de visu la présence de prostituées venues de l’Est sur les grandes artères de la capitale. Et de multiples reportages nous ont expliqué en long en large et en travers le fonctionnement des réseaux mafieux, leur violence extrême et les moyens de pression ignobles exercés sur les filles. Des réseaux qui n’hésitent pas à aller jusqu’au meurtre pour supprimer les révoltées et impressionner les récalcitrantes.
Il m’est déjà difficile d’admettre que l’Etat ne se donne pas les moyens de combattre efficacement ces réseaux. Il me semble, à moi, que ce devrait être une priorité. Mais le plus pire, c’est de savoir que malgré ce que tout le monde sait du système prostitutionnel, IL Y A ENCORE DES CLIENTS, et de plus en plus nombreux, pour profiter de l’aubaine ! Et ces clients, ce sont nos mecs, nos amis, nos maris, nos compagnons de vie ! Et, apparemment, aussi, ceux qui gouvernent en notre nom. La violence, la misère, la contrainte qui pèsent sur ces filles, ils s’ en foutent !
Ce qui me scandalise, c’est que quelqu’un à qui on confie des responsabilités dans la conduite du pays ne voie aucun inconvénient et même prenne du plaisir à aller profiter cyniquement de la malchance de celles qui ont échoué sur le macadam parisien. De quelle substance êtes vous faits, Messieurs les sucés ? Quel est exactement votre plaisir dans cette affaire ? Et que signifient exactement pour vous les mots respect et égalité quand vous trouvez légitime qu’une fraction particulièrement précarisée de la population soit à votre libre disposition sexuelle ? Quel est dans votre esprit, le statut de celle à qui vous demandez pour quelques euros, de se soumettre à vos désirs ? Vous pensez qu’il se passe quoi dans sa tête ? Vous vous en foutez comme de votre première pollution nocturne, faut croire. Vous exercez sans états d’âme un très vieux droit de l’homme. Qui se trouve être, par la même occasion, un abus de pouvoir.
Il est de notoriété publique que les prostituées sont plus nombreuses à Strasbourg pendant les périodes de session du Parlement européen. Si les hommes de pouvoir sont aussi des clients de la prostitution, pouvons nous attendre d’eux qu’ils soient révoltés par le commerce du sexe des femmes ? Pouvons nous attendre une culpabilisation des clients quand ceux là même qui font les lois le sont aussi ? Les proxénètes ont manifestement de beaux jours devant eux.