"j’habite des ancêtres imaginaires
j’habite un vouloir obscur
j’habite un long silence
j’habite une soif irrémédiable
j’habite un voyage de mille ans..."
Aimé Césaire est mort. Au delà de son talent de poète, il restera dans les mémoires comme celui qui a su mettre des mots sur la souffrance des siens. La honte de soi, commune à tou-te-s les opprimé-e-s, est la douleur particulière de celles et ceux qui n’ont pas la bonne couleur, la bonne classe sociale, la bonne religion ou le bon sexe. Il a rendu aux Noirs leur dignité de Nègres (mot magnifique auquel il a redonné sa signification première), mise à mal par une telle violence, celle du colonialisme et de l’esclavage, que la guérison est encore loin. Aimé Césaire était un révolté, un homme libre, un artiste. Un modèle. La négritude, c’est le concept qui, en définissant les points communs entre tous les Noirs, leur restitue l’humanité dont ils étaient spoliés, les libère de toute spécificité et les rend à l’universel. Chaque phrase qu’Aimé Césaire a écrite au sujet des Noirs peut être transposée au sujet des femmes, tant la déshumanisation nous est une expérience commune.
Il est question de mettre ses cendres au Panthéon. Aimé Césaire mérite certes tous les Panthéons, tous les hommages et toutes les reconnaissances. On peut, et même on doit, graver de ses mots le marbre de la République, au gris du ciel parisien. Mais de grâce qu’on le laisse chez lui, sous les tropiques, en terre Caraïbe, bien au chaud parmi les siens, dans la lumière et la gaieté des Antilles, qu’il a tant aimées et qui le lui rendent si bien. Quand on naît la-bas et qu’on a la chance d’y mourir, il faut en profiter pour l’éternité.
iA !