régression
par isabelle alonso - 29 mai 2008


Je lis avec stupeur dans Libé de ce matin qu’un mariage a été annulé parce que la fiancée, contrairement à ce qu’elle avait prétendu, n’était pas vierge. Ça s’est passé en Iran ? Au Pakistan ? Au douzième siècle ? Non, hic et nunc, ici et maintenant, à Lille, en France. Les mariés sont des musulmans français. Lui, un ingénieur d’une trentaine d’années. Elle, étudiante, âge non précisé. Elle a menti sur sa virginité car elle était « convaincue qu’il ne l’aurait pas épousée s’il avait connu la réalité ». Les faits lui ont donné raison.

Bon. Qu’il y ait encore des milieux assez archaïques et misogynes pour que la virginité féminine y soit définie comme une valeur est déjà aussi déplorable que pathétique. Qu’un citoyen français la considère comme une « qualité essentielle », et que de surcroît il soit persuadé qu’une vierge saigne automatiquement au moment de la défloration (erreur totale) c’est son problème. Un obscurantisme en quelque sorte privé.

En revanche qu’un tribunal français, qui, rappelons le, rend la justice au nom du peuple, c’est à dire de vous et moi, ait jugé recevable que la non-virginité soit une raison légitime d’annuler un mariage pour « tromperie sur une qualité essentielle » (art.180 du code civil) est un scandale. Un tribunal n’a pas à entériner les sombres fantaisies d’un égaré hors de son siècle.

Décidément, l’intégrisme religieux marque des points. Est-il besoin de rappeler qu’il est des pays où une fille qui perd sa virginité, y compris par viol, risque sa peau ? A qui appartient le corps d’une femme ? A la collectivité ? A son mec ? A l’Etat ? Ou à elle-même ? Il serait temps de se poser la question.

Une seule raison de se réjouir : la jeune épousée a échappé à un triste sort et à un triste sire. Tant mieux pour elle. Qu’elle profite de la vie loin des peine-à-jouir obsédés de l’hymen et autres garde-chiourme des entrejambes d’autrui.

iA.