Isabelle Germain, sur le site de l’excellent magazine paritaire les Nouvelles News
a eu la même réaction que moi et, sans doute, que beaucoup d’autres : la manière dont Nicolas Sarkozy s’adressait à ses interlocuteurs, lundi soir sur TF1, avait quelque chose de savoureusement révélateur. En effet, il donnait du Monsieur Machin à ses alter-ego, entendez mâle-blanc-entre-deux-âges, et appelait systématiquement par leur prénom les autres, qu’ils fussent des jeunes-mâles-pas-blancs ou des pas-mâles-du-tout, autrement dit des gonzesses. Pleins feux sur les structures mentales de notre Président, un brin archaïques. Rompu aux moindres circonvolutions d’une communication bien menée, virtuose du pipeau alternant statistiques imparables parce qu’invérifiables et réflexes sémantiques de vendeur de voiture d’occasion, il semblait pourtant incoinçable et surentraîné. Et voilà qu’en plein stratagème longuement ruminé, pré-digéré, pré-pensé, il laisse échapper le détail qui tue ! N’a pas l’air de se rendre compte qu’il anéantit d’un coup sa volonté affichée de se montrer près du peuple. Confond familiarité et parternalisme, jovialité et condescendance.
Il nous fait le bon vieux coup à la fois sexiste, classiste et colonial qui consiste à s’adresser différemment aux dominants et aux dominés. Les Noirs Américains d’avant les droits civiques en avaient ras-le-bol qu’on les appelle « boy » même quand ils avaient des cheveux blancs, les domestiques de la Belle Époque n’étaient défini-e-s que par leur prénom et dans les entreprises d’aujourd’hui, les assistantes, secrétaires et autres collaboratrices sont le plus souvent appelées par leur petit nom, au prétexte que c’est plus affectueux ! Le mépris à l’état pur. Comme marque d’affection (et de justice, tant qu’on en est à "réformer la Fraaance"), on se contenterait volontiers de salaires enfin égaux…
Dans la presse, on relève le phénomène, mais on semble incapable de l’expliquer. Les journalistes, comme les hommes politiques, sont le plus souvent des analphabètes du féminisme. Ainsi, dans le blog de Guy Birenbaum, on se pose la question mais on n’a pas la capacité d’analyse qui permettrait d’y répondre, et on n’a pas l’air de remarquer, qu’une fois encore, ils discutent entre hommes sans avoir conscience de ce que tous ces plateaux exclusivement masculins signifient. Ils prouvent par l’exemple ce qu’ils échouent à expliquer : la condescendance vis-à-vis des femmes va de pair avec la confiscation patriarcale du débat public …
La prochaine fois, demandez nous, les gars, on vous expliquera ! Ça éclairera votre lanterne, elle en a besoin !
iA !