Chaque année qui passe me rend plus pacifiste. Aujourd’hui, premier onze novembre sans poilus français. Le dernier, Lazare Ponticelli est mort en mars dernier. Je n’ai pas besoin de commémoration officielle pour leur rendre souvent hommage à ma façon, par devers moi, fidèlement, comme je l’expliquais dans une chronique de 2004. Et aussi, pour penser à elles. Combien sont-elles encore, les femmes qui vécurent cette époque, les fiancées, les épouses, les soeurs ? Qui survécurent, sans fiancé, une génération entière d’hommes ayant disparu ? Ou avec un homme détruit pour toujours, gueule cassée ou esprit brisé ? Combien sont-elles encore au fond des maisons de retraite, avec leurs souvenirs et leur tristesse ? On ne le sait pas, car les statistiques ne nous disent pas cette Histoire là. Je croyais tout savoir, ou en savoir beaucoup, sur ce que la guerre a fait aux femmes, loin des tranchées mais au plus près de la tragédie. Puis j’ai lu le magnifique roman de Jean Guy Soumy, « La chair des étoiles » et j’ai découvert ce que je ne soupçonnais pas. « Le soldat inconnu, c’est elles, ce sont les femmes », écrit-il. Il décrit la vie quotidienne à l’arrière, dans les usines d’armement. La solitude, le désir, l’espoir, la violence. Qui sait que quand elles tombaient amoureuses de quelque compagnon d’infortune elles étaient passibles de prison ? Moi je ne le savais pas. Jean-Guy Soumy nous l’apprend à travers les aventures d’Anna, vingt ans, mariée depuis trois ans avec un homme que la guerre lui rendra détruit, alcoolique, violent et neurasthénique. Mais qui restera sincère et droit. Nous vibrons avec elle, dans ce monde où le corps des hommes appartient à l’armée et celui des femmes à la nation. Jean-Guy Soumy parle des femmes comme s’il en était une, et de l’humanité avec le talent de celui qui en est pétri, au plus profond. Merci Jean-Guy.
iA.