Un vrai feu d’artifice. En ce 14 juillet, l’affaire Orelsan rebondit parce que le pauvre chéri est déprogrammé des Francofolies de La Rochelle. Cali, Olivia Ruiz et quelques autres, corporatisme oblige, y vont de leur cri d’indignation et se scandalisent de cette atteinte à la liberté d’expression. Même Fadela Amara réagit tièdement, tend la joue gauche. On marche sur la tête ou quoi ? Rappelons que la chanson qui a mis le feu aux poudres est intitulée « Sale pute », ni plus ni moins, et que le titre est pâle par rapport au texte. La question qu’on peut se poser est de savoir si on aurait obtenu la même unanimité pour défendre une chanson intitulée « Sale bougnoule » ou « Sale youpin ». M’est avis que non. Une certaine répugnance aurait saisi nos troubadours. Une dose minimum de solidarité sororale aurait étreint nos roucouleuses. Et moins de suavité aurait imprégné le discours de Fadela.
On est tellement habitués à entendre insulter les femmes que la moindre réaction apparaît comme une anomalie. On prétexte une supposée erreur de jeunesse du rappeur. Et on oublie au passage que dans un autre titre, il écrit (à peu de choses près) « Pour la saint Valentin, je vais te Marie-Trintigner ». Liberté artistique ? Ou simple calcul marketing, la misogynie brute restant une valeur sûre, un solide fond de commerce qui fait autant vendre que les images porno-crade et pour les mêmes raisons ? A trop confondre, au prétexte qu’avec les nanas on peut tout se permettre, liberté d’expression et liberté d’insulter, à tout mélanger dans la même bouillie politiquement correcte, on en oublie que les mots ont un sens.
De deux choses l’une : soit l’incitation à la haine existe et dans ce cas elle vaut aussi pour les femmes, soit l’incitation à la haine fait partie de la liberté d’expression et dans ce cas il faut abroger les lois qui la répriment. Mais on ne fait pas deux poids deux mesures, surtout au nom de la liberté des artistes. Ce serait insulter les vrais que de les assimiler aux pousse-au-crime.
On crie à la « censure ». Ceux qui le font ont oublié ce que c’est que la censure et sur qui elle pèse. Ou, plus probablement, ne l’ont jamais su. Il y a de l’obscénité chez les enfants gâtés de la culture de masse, qu’on écoute comme des messies, à évoquer un mot dont de manière évidente ils n’ont pas pris la mesure. Oui, il y a de la censure dans ce pays. Si les femmes avaient davantage accès à l’expression publique, un accès libre, elles ne se laisseraient pas insulter. Elles ne laisseraient pas piétiner publiquement et symboliquement leur image et leur dignité. Si quelque chose est censuré dans ce pays c’est la libre expression des citoyennes.
iA !