Bout de tissu? Vraiment?

imageTout ça pour un bout de tissu, clament les idiot-e-s utiles de la cause intégriste. C’est le tour de Décathlon de se planquer derrière la liberté des femmes pour faire de la thune à leurs dépens. Rien de nouveau sous ce sombre soleil. Et pendant ce temps, l’intégrisme islamiste gagne du terrain et compte bien sur le panurgisme ambiant pour avancer ses pions.

 

Un bout de tissu? Non. Un enjeu politique de tout premier plan.

th-5Je suis trop occupée avec mon prochain livre pour consacrer du temps à me répéter sur un sujet déjà abordé.  J’ai donc décidé de partager avec vous le dernier chapitre de  »Même pas mâle » que je publiai en… 2008, chez Robert Laffont. Il s’intitule « Ni foulard ni trottoir ». Toute la problématique est déjà là, et ça n’est pas allé en s’arrangeant. Mon analyse est restée la même. Et vous savez pourquoi? Parce qu’elle est juste.

Voilà. Bonne lecture:

« Certaines femmes revendiquent de porter le foulard islamique. Tout le temps et partout, à l’école, dans les services publics et dans la rue. Au nom de la liberté d’expression, et de la liberté du culte, deux fondements de la démocratie. Imparable.

D’autres revendiquent l’exercice de la prostitution. Au nom de tout un tas d’arguments, dont le plus fondamental tient en quelques mots : mon corps m’appartient, j’en fais ce que je veux, c’est mon choix. Imparable aussi.

Sauf si on y regarde de plus près. Les deux discours ont beau se situer en terrain opposé, voire incompatible, ils se ressemblent. Le libre port du foulard islamique et le libre exercice de la prostitution n’en finissent pas d’occasionner débats et polémiques. Pourtant, dans la Communauté européenne, seule une minorité infime de femmes, les musulmanes pratiquantes et les prostituées, est directement concernée. De surcroît ces deux groupes de femmes ont habituellement peu accès aux médias. On parle d’elles plus qu’elles ne parlent elles-mêmes. Comment expliquer cette surreprésentation alors qu’en général les revendications féminines peinent à trouver un écho ? Il faut croire que les enjeux sont importants. Caché sous un discours se proclamant de la liberté de ces femmes, c’est un message très différent qui passe. Qui, en présentant des aliénations féminines spécifiques comme des libres choix, concernetoutes les femmes.

Imaginez un débat sur l’esclavage où on aurait glosé sur des notions de production de coton, de marché textile, de tenue de travail, salopette ou tablier, de mécanisation de la culture, de taille des plantations, d’aménagement des conditions de travail, de décoration des dortoirs, de qualité de la cantine et de sévérité des punitions. Au bout d’un moment, quelqu’un se serait levé pour dire : si on parlait du principe même de l’esclavage ? En amont, à la racine. Poser un débat sur ses bases est le seul moyen de le faire avancer. Les premiers antiesclavagistes passèrent pour des fantaisistes. On les accueillit en s’esclaffant, et en affirmant, parole de spécialiste, que l’économie ne saurait fonctionner sans esclaves. On connaît la suite.

On se souvient en France de la longue et houleuse affaire du voile, en 2003. Des collégiennes s’étaient présentées à l’école la tête couverte du foulard. On en fit un débat sur la religion, la laïcité, l’école. Sur le communautarisme. Sur la tolérance, le racisme, l’islamophobie. Sur l’intégration. Sur la femme et l’islam. Mais pas sur les femmes tout court. Une commission fut nommée, qui finit par accoucher d’une loi sur les « signes religieux à l’école ». On rangea dans la même musette le foulard, la kippa, le turban des sikhs, les crucifix, mains de fatma et étoiles de David et on en interdit le port dans l’enceinte des établissements scolaires. La République avait eu chaud. La question de fond ne fut pas posée.

Si on l’avait fait, on aurait constaté que, dans l’inventaire des « signes religieux », un des éléments n’a rien à voir avec les autres. Le foulard ne marque pas la relation à Dieu, comme l’étoile de David ou le turban sikh. Il marque la soumission à l’homme avec un petit h et non la dévotion à Dieu. Il s’inscrit dans une pratique d’abord patriarcale, et religieuse par ricochet. Aucun signe religieux que porterait un homme n’est déterminé par rapport au regard des femmes, mais par rapport direct à Dieu. Cette dimension du foulard a été ignorée dans les débats officiels. La République a légiféré en fonction de la religion, là où elle aurait dû réprimer une discrimination contre les femmes. Il aurait fallu pour ça la loi antisexiste digne de ce nom que nous attendons encore. Ce contresens délibéré, symbolique de la révolution clandestine* et du déni qui la censure, finira par poser plus de problème qu’il n’en résout, et par accentuer la crispation religieuse qu’il prétend éviter. Les Munichois qui nous gouvernent préfèrent calmer les intégristes que défendre les femmes.

Quant à la prostitution, le client la situe dans un contexte de liberté, de sexualité, de libertinage, de marivaudage, de gaudriole, de rigolade, de fête et de joie de vivre. Le moraliste en fait une affaire de fatalité, de vice, de déchéance, d’amoralité, de délinquance, de perdition, de malédiction et de putréfaction. L’État légifère en termes d’hygiène, d’ordre, de fonction sociale, de service public, de contrôle des MST, de nécessité, de sécurité. La question de fond ? Médiatiquement, elle n’est pas posée. Politiquement non plus.

Le port du voile et la prostitution ont en commun d’être en contradiction frontale avec la notion même d’autonomie féminine. L’un comme l’autre ne se définissent que par rapport à l’homme, son regard, son désir, son pouvoir. Ni le port du voile ni la prostitution n’ont d’autre raison d’être que la soumission au patriarcat. Aucune de ces deux pratiques ne trouve sa source historique dans un libre choix des femmes. Elles ont été imposées par la force dans des sociétés où les hommesdécidaient de tout et où les femmes n’avaient pas droit à la parole.

Le voile a pour fonction supposée de dissimuler la tentation incandescente que la chevelure féminine impose au regard naïf du mâle émotif érotiquement instable. Mais sa fonction réelle consiste à marquer la soumission sociale des femmes à la façon d’un petit apartheid portable, du foulard à la burka. On peut suivre la progression territoriale de l’intégrisme musulman au nombre de femmes voilées qu’on croise dans la rue. On ne voit pas ce qu’une pièce textile ajoute à la sincérité de la pratique religieuse. En revanche, on voit très bien ce que des musulmanes tête nue manifestent de solidarité avec les femmes voilées de force dans les pays islamiques.

La prostitution a pour fonction supposée de soulager la libido des hommes, tellement exigeante, puissante et dévastatrice qu’elle nécessite que des spécialistes aguerries se chargent de contenter ses tyranniques exigences. Dans une vieille société patriarcale telle que la nôtre, il est des structures fondamentales qui n’ont jamais été remises en cause sur le fond, même si les féministes ont réussi à en émousser quelques infamies. Ainsi du partage grossier des femmes en deux catégories : celles que le mariage attribue à un seul homme et celles qui sont à disposition de tous. Le système prostitutionnel, c’est toute une machinerie avec ses rouages, ses usages, ses traditions, sa culture et sa violence. Extrême, la violence, faudrait pas l’oublier. Le libre arbitre des femmes concernées n’a jamais fait partie du paysage, n’en déplaise au pipeau ambiant… Seul un parlement respectant la parité pourra traduire en loi effective la solidarité avec les prostituées et la lutte contre les proxénètes.

Une vraie révolution se mesure à la force de la contre-révolution qu’elle engendre. À la violence de la réaction et à la hargne des réactionnaires. À la complicité servile des oncle-tom et autres tata-tomate. Car s’il y a des hommes qui prennent fait et cause pour les femmes, il y a aussi des femmes qui choisissent le camp des dominants. À court terme, c’est moins risqué, mieux chauffé, et mieux payé. La puissance de tir des patriarches est colossale. Ils disposent des postes de pouvoir et des moyens de communication. Ils sont en mesure de poser entre la réalité et le discours qui la décrit un écran de fumée propice à la manipulation. Toute approche féministe est bannie des débats politiques, absente des programmes scolaires, exclue des médias. Il n’y a pas de structures de transmission de la culture, issue des luttes des femmes, pourtant si riche. La démocratie se prive d’un apport précieux.

Quand les femmes auront conquis leur autonomie, quand, à égalité avec les hommes, elles décideront de ce qui est bon pour elles, il fera meilleur vivre sur cette planète. Les femmes auront les moyens de faire ce que les gouvernements actuels ne font pas, parce qu’ils s’en foutent. Elles auront, entre autres, le pouvoir d’arrêter le massacre. Qui se soucie des filles quine naissent pas juste parce qu’elles sont des filles ? Il en manque une centaine de millions. Elles auraient dû naître, mais elles ne sont pas nées. Parce qu’il est des pays, et non des moindres puisqu’il s’agit des deux marchés les plus juteux de la planète, l’Inde et la Chine, où la naissance d’une fille est considérée comme une catastrophe et une malédiction. L’échographie permet aujourd’hui de connaître le sexe de l’enfant à naître. C’est une fille ? Elle ne naîtra pas. La technologie, qui sous d’autres latitudes a tant jouépour la libération des femmes, a un effet dévastateur quand elle arrive en terrain barbare. Il est grand temps que la révolution clandestine continue en pleine lumière ».

21 réflexions au sujet de « Bout de tissu? Vraiment? »

  1. Bonjour,
    Je voudrais vous contredire et corriger vos propos concernant le voile ou foulard islamique . C’est bel et bien une marque de dévotion et de soumission à Dieu et non à l’homme comme vous le prétendez . J’en veux pour preuve que c’est l’habit des nonnes et des juives pratiquantes en Israel. Le fait que les 3 religions monothéistes aient voilé les femmes de façon quasi identique , est la preuve au besoin, que le voile est un acte d’adoration de dieu et non de soumission au mâle comme vous le prétendez . La 2 ème preuve , est que les hommes musulmans se passeraient bien du voile de leurs femmes et ne le leur imposerait pas si l’obligation n’était pas aussi certaine et claire dans les textes authentiques. Non ! Vous vous trompez . Voiler les femmes est une injonction divine . Pas une volonté masculine.

    Par ailleurs , vous affirmez faussement que «  »Aucun signe religieux que porterait un homme n’est déterminé par rapport au regard des femmes, mais par rapport direct à Dieu. » C’est faux. Il y a bel et bien une awra de l’homme devant la femme . Il doit etre couvert du nombril jusqu’au genoux . C’est à dire qu’il doit pas porter un maillot de piscine devant la femme ni d’ailleurs un short court qui montre ses cuisses . Un bermuda est lui compatible avec l’islam.

    Je vous invite donc à approfondir vos connaissances islamiques avant de vomir votre haine islamophobe comme vous le faites.

    • Je ne « prétends » pas. Je me renseigne. La notion d’ »impudeur » est réservée aux femmes. A les emprisonner, les aliéner. Quant à la répression sexuelle inhérente à toutes les religions, c’est une conspiration contre la joie de vivre. Vous m’insultez: « vomir votre haine islamophobe ». Je sais débattre sans insulter. Entrainez vous, vous finirez par y arriver. Ou pas.

  2. «  »"C’est une fille ? Elle ne naîtra pas. «  »"

    Je ne sais pas par comment vous pouvez assumer ce genre de clichés , quand on vit à une époque ou ce sont les musulmans et les pauvres qui font le plus d’enfants et ou il y a plus de femmes sur la planète que d’hommes . La seule inconnue est la proportion, le pourcentage .
    Une chose est sure, vous n’avez pas peur du ridicule . Une chance qu’il ne ne tue pas!

    • Vous n »avez pas entendu parler de l’avortement sélectif, entre autres en Inde et en Chine? Pour moi toute l’humanité est solidaire et je n’arrête pas ma réflexion à mon village. Si c’est ridicule, vive le ridicule. Soignez vous bien.

  3. @Lilas, le fait que les trois religions aient voilé les femmes ne prouvent qu’une chose: toutes ces religions sont misogynes. Et on le sait, ça n’a rien d’un scoop.

    Quant à l’awra de l’homme devant la femme, curieusement, elle n’est JAMAIS invoquée… Comme disait Zineb El Rhazoui, on « débat » à n’en plus finir sur le burkini mais jamais sur le burkalçon!
    Comment expliquer cette asymétrie de traitement?

    Quant à l’avortement sélectif, vous avez manifestement mal lu (aveuglée par ce que vous avez identifié à la va-vite comme de la « haine islamophobe », peut-être?).
    A ce que je sache, le chinois ne sont pas majoritairement musulman·es.
    Je crois que l’exemple visait à illustrer que le problème de fond, c’est la haine des femmes, ou au moins leur infériorisation, aux 4 coins du monde. Et que c’est cette question là qu’il faut poser, au lieu de la diluer/dissimuler derrière des questions de pseudo-liberté de choix qui n’ont pas de sens dans un monde où les femmes ne sont PAS libres.

  4. Bonjour Isabelle, je suis ravie de lire votre texte Ca fait un bien fou !! Et très concrètement, je me suis servie des mêmes métaphores ( prostitution et esclavage) pou répondre à d’autres sur ce même sujet
    Le voilement des fillettes est aussi évidemment à dénoncer, qui mène au mariage forcé et banalise ainsi la pédocriminalité
    Une grosse bise.

  5. Une intervenante affirme que non, le voile n’est pas un signe de soumission aux hommes mais de soumission à Dieu. Mais c’est la même chose: derrière Dieu, il y a l’homme (l’individu de sexe masculin), l’expression « religion patriarcale » est une tautologie. Dieu n’est qu’une marionnette manipulée par des ventriloques: la parole de Dieu, c’est la parole des hommes qui se cachent derrière lui et lui font dire ce qui sert leurs intérêts. Et bien entendu, une des premières choses que « Dieu » ordonne aux femmes, c’est qu’elles doivent se soumettre à leur mari. La religion sacralise le pouvoir masculin en le faisant passer comme d’origine divine. C’est cousu de fil blanc-mais la plupart des êtres humains se laissernt pourtant embrouiller par ce tour de prestidigitation.

  6. Au Québec, un parti politique aborde le port du voile, à ses dires, d’un point de vue féministe, en disant qu’on ne doit pas l’interdire dans la fonction publique puisqu’il restreint les femmes à l’accès à l’emploi. Le problème n’est pas la femme qui porte le voile, mais l’homme qui l’y oblige.

    Les femmes de leur côté disent qu’elles ne le portent pas par obligation, mais par choix personnel et identitaire. Ceci pour contrecarrer un projet de loi sur la laïcité qui prévoit que les employés-es de l’État en position d’autorité ne pourront porter de signes religieux : Juges, policiers-ères, enseignants-es.

    Aborder le port de signes religieux d’un point de vue féministe ne règle pas tous les problèmes de séparation de la religion et de l’État, puisque des hommes aussi en portent.

  7. Wouh !!!! Enfin une réflexion, une vrai…qui me permet d’élargir mon champs de vision et qui me donne des arguments… car , moi (qui a aujourd’hui 60 ans) j’ai d’instinct, toujours refusé ce voile…. consciente, sans toujours avoir les arguments, qu’il était le symbole de notre aliénation;.. tout comme j’ai toujours suspecté beaucoup de souffrance, derrière la prostitution librement choisi défendu par…. beaucoup d’hommes !!! Merci, merci donc à vous pour ce très beau texte. ( si je donne mon âge, c’est juste pour montrer que je m’interroge sur ces sujets depuis vraiment longtemps… écoutant les arguments des uns et des autres, essayant d’être juste, me perdant dans les dédales de la pensée communes…. et ayant une fois pour toutes décidée que j’étais décidément contre le voile et la prostitution que ces dernières années grâce au travail de personnes comme vous !!

  8. Merci, merci, merci Isabelle Alonso ! Je vais de ce pas (enfin très vite) acheter votre livre et le dévorer comme j’ai dévoré cet excellent article ! Bon courage et continuez de nous régaler !

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