Ça n’a pas pu vous échapper, tant le matraquage a été intense. Même si on aime tous les protagonistes, Coluche, Demaison et de Caunes, on a frisé l’indigestion. Il s’agit, vous le devinez, du film « Coluche, l’histoire d’un mec », qui doit sortir mercredi prochain.
Je lis dans le journal que Paul Lederman, ex-agent de Coluche et par ailleurs mec assez génial, a attaqué le film en référé, au prétexte qu’il détient les droits de « l’histoire d’un mec », titre d’un sketch de l’humoriste, et qu’il conteste donc le droit qu’aurait le cinéaste de faire figurer ces mots sur l’affiche. Bon. Une affaire qui se résoudra probablement sans problème majeur, au mieux des intérêts de chacun je ne me fais pas de souci… . Mais.
Mais que quelqu’un, qui que ce soit, ait des droits sur les mots « c’est l’histoire d’un mec » est marrant, non ? Quelque soit la légitimité des droits d’auteur dans le domaine de la création, y-a-t’il toujours création ? Nous sommes en pleine privatisation du monde avec le succès financier que l’on constate. La dérive atteint aussi les mots, si je comprends bien. Le succès du sketch de Coluche, voici plus de trente ans, venait du fait qu’il reprenait, pour la première fois, un tic de langage de tout raconteur de blague, en particulier des mauvais. L’expression existait, faisait florès, et c’est parce qu’il la releva que Coluche fit rire la France entière. Mais il ne la créa pas comme il créa, par exemple, « il est sorti de la cuisine à Jupiter » ou « la bonne longueur pour les jambes, c’est quand les pieds touchent bien par terre », incontestablement déposables.
De la même manière, quelques années plus tard, les Nuls reprirent pour la première fois les gimmicks des JT, préexistants mais que personne n’avait relevés avant eux : « Des images qu’on aimerait voir plus souvent… » ou « Sans transition… ». On se tordit de rire, des cours de récré aux comptoirs de bistro. Parce qu’on reconnaissait. Pas parce qu’on découvrait.
À qui appartiennent ces expressions, non pas inventées, mais relevées ? Paiera-t-on un jour une dîme quand on emploie un proverbe en public ? Une taxe quand on répètera : « le fond de l’air est frais » ou « c’est quand qu’on mange ? ». On déjà paye pour la terre, pour l’eau, si ça continue on paiera pour l’air et les couchers de soleil. Faudrait pas qu’en plus on nous pique les mots, merde alors... Euh, je dois combien à Cambronne ?
iA !