5 mars-20h-Petit Hébertot (0142931304) REPRÉSENTATION EXCEPTIONNELLE "Et encore je m’retiens !"
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démission ?
par isabelle alonso - 11 octobre 2009


En 2005, Frédéric Mitterrand publie un roman « La Mauvaise Vie », où il raconte sa fréquentation des bordels thaïlandais. En tant qu’auteur c’est son droit et la littérature n’a pas à se justifier. On doit pouvoir tout écrire.

A condition, bien sûr, que ce qu’on écrit relève du témoignage et non de l’apologie. Écrire un livre sur Hitler et écrire un livre nazi sont deux choses différentes.

A condition aussi que ce qui est écrit puisse faire l’objet d’un débat, que ça ne reste pas l’expression d’une voix unique qui aurait seule accès aux média.

A la même époque, début des années 2000, Michel Houellebecq et Pascal Sevran traitèrent du même sujet. Les médias leur accordèrent micros ouverts et plumes complaisantes. Ils se livrèrent alors à des déclarations (cf texte datant de 2001), qui étaient clairement de l’ordre de la justification et de la célébration. Les réactions furent rares et, pour la plupart, féministes. Et par conséquent non relayées médiatiquement. Il n’y eut pas de débat et on put assister à diverse émissions « culturelles » où une poignée de mâles grisonnants considéraient que la fréquentation de bordels exotiques était une affaire de liberté individuelle. La leur, bien entendu.

Aujourd’hui, on aborde cette affaire sous l’angle du "respect de la vie privée" ou des "relations sexuelles avec mineurs". Ce qui permet de laisser dans une obscurité propice la vraie question, qui est celle de la prostitution. Et d’absoudre ceux qui y ont recours. C’est là que le bât blesse.

On peut exiger la démission de Frédéric Mitterrand, mais à part satisfaire à bon compte la bonne conscience générale, ça n’aura aucun effet. Si tous les ministres et les élus qui fréquentent les prostitué-e-s démissionnaient, ça commencerait à avoir de la gueule. Les bancs du Parlement et des cabinets ministériels s’en trouveraient clairsemés… Ce n’est pas du tout à l’ordre du jour. Il faudrait pour ça que la perception de ce qu’est vraiment la prostitution, ici ou ailleurs, change au point qu’elle devienne pour tous, comme elle l’est déjà pour beaucoup, un viol institutionnalisé. Et qu’elle provoque la même répulsion que la pédophilie.

Sur le thème de la prostitution et des abus sexuels, beaucoup des hommes qui nous gouvernent, nous représentent et parlent en notre nom sont à la fois juges et partie. Comment une volonté politique autre que celle de maintenir le statu-quo pourrait-elle naître de ce contexte ?

Éclairons la totalité de la scène. Au-delà des faux-culs qui signent des pétitions et s’indignent pour pas cher, au-delà de la seule figure de Frédéric Mitterrand, traitons la vraie question qui est celle du principe même de la prostitution, très vieux et très contestable droit de l’homme.

iA !