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minute de silence
par isabelle alonso - 22 novembre 2008

LIBERTÉ, ÉGALITÉ, RACLÉES…




J’ai reçu ça, de Gwen : « je pense que vous êtes au courant pour la minute de silence faite en l’honneur d’un meurtrier, l’homme politique Demange, qui après avoir battu et tué d’une balle dans la tête son ex compagne, s’est suicidé. Je suis en colère pour cette minute en son honneur, nos députés n’ont fait aucun cas qu’une femme ait été battue puis tuée ».

Je n’étais pas au courant, mais j’ai vérifié. Une minute de silence a bien été observée à l’Assemblée Nationale, en mémoire de Jean-Marie Demange, comme on le fait, semble-t-il quand un député décède pendant son mandat. Jean-Marie Demange a tué son ex-compagne avant de se suicider. Il voulait pas faire le voyage vers l’au-delà tout seul. Elle l’avait quitté. Déjà qu’il était déprimé pour n’avoir pas été réélu à la mairie de Thionville, il a pas supporté faut se mettre à sa place, le malheureux... Je persifle sur une tragédie ? Peut être. C’est pas bien ? Sans doute. C’est pour ne pas hurler d’horreur devant l’aveuglement ambiant. Une femme de plus tuée par son supposé amoureux, la presse appelle encore ça de la passion. Et si on observe une minute de silence dans une institution de la République, c’est en mémoire de l’assassin ! Je lis dans Libé du 22 novembre : " il n’y avait "aucun signe manifeste de violences, y compris sexuelles" sur le corps de la victime". C’est bizarrement formulé, non ? Ça signifie que contrairement aux affirmations des témoins, il ne l’aurait pas frappée avant de l’exécuter. Mais les impacts des deux balles, alors, c’est quoi, si c’est pas de la violence ? De la passion ? De la contrariété ? Un regrettable moment de mauvaise humeur ?

Ça me rappelle très exactement une question qui m’avait été posée sur Marie Trintignant : "Etait-elle une femme battue ?". Celui qui me la posait émettait un doute sur sa qualité de femme battue, et voulait sans doute dire que les soirées torgnoles n’étaient pas une habitude du couple. Battue, répondis-je, non, c’est beaucoup dire ! Juste rouée de coups et tuée… On a le sens de la nuance quand on aborde la question du massacre des femmes dans la France d’aujourd’hui… Les grandes envolées lyriques, les plus jamais ça, les déplacements du premier ministre, c’est réservé aux affaires vraiment graves, pas aux couacs de la passion amoureuse...

Comment appelle-t-on, à l’Assemblée Nationale, un homme qui a tué sa femme ? Un veuf.

iA !