Ça s’arrange pas, dîtes donc. Je ne sais pas si c’est la crise financière qui les perturbe, ou quelque chose qu’ils ont mangé et qui n’est pas passé, mais ils décolèrent pas, nos vaillants ministres…
Résumons. A partir d’aujourd’hui, si pendant un match de foot amical la marseillaise venait à être sifflée, non seulement les membres du gouvernement éventuellement présents sortiraient du stade, c’est déjà affreux, mais le match serait carrément interrompu ! Il n’aurait pas lieu ! La première partie de la menace semble aisée à exécuter : le ou les ministres se lèvent et, pleins de dignité républicaine, rentrent chez eux, corvée évitée et quelques heures de sommeil récupérées… Mais la deuxième ? Résumons : 70 000 personnes qui ont payé pour voir, et qui n’ont rien à se reprocher. Et peut-être deux mille siffleurs, pas forcément identifiables. Ça fait genre 35 punis pour 1 siffleur… La définition même de l’arbitraire. Les temps étant moroses et la frustration ambiante au niveau maximum, faudrait pas que ça tourne à l’émeute, non plus… Ce n’est pas un argument, mais c’est une réalité… Je me souviens du Heyzel, on joua quand même, sur des cadavres fumants, parce que ne pas jouer, c’était pire.
Ce que font les ados (car il s’avère que ce sont des ados) est davantage opposable aux adultes, nous, donc, qu’aux ados eux mêmes. Pourquoi des ados sifflent-ils sur l’hymne national ? Si c’est par pure transgression adolescente, la chose à faire est d’ignorer, ça s’arrêtera tout seul. Si c’est pour une raison plus profonde, la seule répression mettra de l’huile sur le feu. Et de l’huile sur ce genre de feu, ça craint. On s’en souvient.
Si j’ai bien compris, la Marseillaise n’est pas sifflée quand on joue contre la Croatie, la Belgique ou l’Autriche. On la siffle quand on joue contre Algérie, Tunisie, Maroc. Tiens, tiens… Se pourrait-il alors ? Que ces sifflets qui tant irritent nos quichottesques députés ajoutent une page à ce débat qui n’en finit pas d’être mal posé. Celui de la digestion, une fois pour toutes, des restes du colonialisme dans le ressenti des jeunes d’origine maghrébine. La pauvreté, les quartiers sans transports, le chômage. Les promesses qu’on ne tient pas, le mépris qui persiste, un quotidien sans rêves et sans espoir où le foot sert de défouloir, d’exutoire, de dazibao. Certains se réfugient dans un supposé communautarisme réduit à sa plus simple expression comme d’autres dans les signes extérieurs de religion. Non par foi, mais par désir d’exister autrement que dans ce qu’on leur impose. Par la force et l’indifférence, est-il besoin de le rappeler.
En tout cas, voyez comme c’est important, le foot. Ou la volonté de distraire l’attention, allez savoir… On interrompt la croisade anti-crise, on se met sur pause en pleine tempête pour s’agiter à l’Assemblée, s’indigner vertueusement, jeter l’opprobre sur Laporte qui n’est pas parti, et voir Bachelot, courageuse, le défendre. MAM l’inénarrable agite ses cruelles mimines, et promet : amenez les moi, je vais leur montrer qui c’est Raoul… On frémit ! Quel cirque…
Pendant ce temps, dans les foyers où personne ne siffle, le carnage continue, en silence. Tous les trois jours, match ou pas match, sans tambours ni trompettes, sans hymnes et sans répit, sans compassion ni caméras de surveillance, sous la ligne des radars médiatiques, une femme meurt sous les coups de son mec. Pas un ministre ne s’agite, pas un crédit n’est libéré, pas une ligne dans le journal ne stigmatise cette horreur là. Les citoyennes de seconde zone crèvent dans l’indifférence. Vous dîtes ? Aucun rapport ? Moi j’en vois un, et direct. Le courage politique, la volonté d’affronter les vrais problèmes, les priorités budgétaires et médiatiques sont des enjeux démocratiques. Mais quand le vacarme des stades couvre largement les cris des femmes qu’on exécute, il n’y a aucune chance d’arrêter le massacre.
iA !