Je soigne mon insomnie par la télé. Ça vaut ce que ça vaut, pas grand chose si j’en crois les experts en sommeil, mais ça marche. Je préfère un mauvais système qui fonctionne à un bon qui ne me fait aucun effet. L’autre nuit, donc, une enquête sur un crime impuni, avec le fiston de PPDA en Sherlock ("Non élucidé", France2). Il s’agissait d’une jeune fille poignardée à domicile par quelqu’un qu’on n’a jamais pu identifier. Elle s’appelait Marine Boisseranc. Une petite soeur de plus. On sait seulement (traces de pas sur le carrelage inondé de sang) que le tueur est un homme chaussé de baskets, et qu’il a eu la présence d’esprit, juste après avoir asséné douze coups de couteau, d’emporter avec lui l’arme du crime, les téléphones (un portable et un sans fil) qu’elle avait utilisés juste avant de mourir, et de ne pas laisser d’empreintes sur la poignée de la porte qu’il referme derrière lui… Il était assez affolé pour frapper douze fois (douze ! imaginez la violence, l’horreur, la victime qui résiste, saigne, hurle, s’effondre…) mais pas assez pour oublier d’effacer les preuves… Étrange, non ?
Pourquoi je vous raconte ça ? Parce qu’une phrase prononcée par l’avocat de la famille m’a laissée pantoise. Il dit (à peu près) : « …le coupable avait de vrais sentiments d’affection et de tendresse…. mouvement de passion… douze coups de couteau… ». La juxtaposition affection-tendresse-passion-douze coups de couteau semble constituer une explication rationnelle : il l’aimait tellement qu’il l’a poignardée. Cette logique monstrueuse est tellement habituelle qu’elle passe comme une lettre à la poste. Elle permet, tout en théorisant le mode opérationnel (couteau = « passion »), de ne pas théoriser la violence spécifique des hommes sur les femmes et de ne pas voir qu’elle fait système. Le jour où il sera admis que cette violence existe, qu’elle est non seulement tolérée mais encouragée et légitimée par tout notre environnement culturel, on sauvera des vies. Celles des mortes et celle, détruites, de leurs familles.
iA !