Quand j’étais enfant, je trouvais qu’avoir des parents étrangers était plutôt pesant dans la vie quotidienne. Il y avait, cependant des compensations. Parler deux langues en était une très évidente. Il en était de plus inattendues. La Toussaint, par exemple. Quand on vient d’ailleurs, on n’a pas de morts sur place. Ils gisent en terre lointaine, et le plus souvent on ne les a pas connus du tout. Pas de tombe à fleurir, donc, pas de visite au cimetière sous la petite pluie glacée qui transperce jusqu’à l’os, pas de budget chrysanthème. On reste au chaud, en famille, on joue, on chante, on fait la fête. On s’amuse.
Le temps passe, et des morts très proches par le cœur, on commence à en collectionner. Mais ils sont toujours aussi lointains, disséminés en cendres aux quatre vents ou reposant dans des cimetières ensoleillés qui n’arrivent pas à faire triste. On aimerait bien alors pouvoir se recueillir quelque part. Mais on a pris l’habitude, depuis longtemps, des voyages à l’intérieur de soi même. Dans la mémoire hypertrophiée des exilés, dans le souvenir. Réel ou imaginaire. Là où les chapelles restent ouvertes et les chandelles allumées en permanence, là où les morts restent vivants.
Tout à l’heure, je pars à Dourdan, pour le déjeuner des Marraines et Parrains de l’association « Ni putes, ni soumises ». Un moment de solidarité, de vie. Mes morts personnels seront avec moi, à l’insu de tous, dans la gaieté ambiante. Et je sais qu’ils m’approuvent.
iA !