J’ai essayé, on peut!

UnknownLes bonnes nouvelles se faisant rares, il faut absolument que je partage celle ci avec vous. Cette nuit, en pleine insomnie pour ne pas changer, j’ai eu envie de sortir sur mon balcon, de regarder le ciel si propre par les temps qui courent. Et là, je ne sais pas pourquoi, il m’est venu l’idée de vérifier quelque chose que j’ai toujours cru parce qu’on me l’a toujours dit, mais dont je prends conscience que je ne l’ai jamais vérifiée. Je n’en ai pas fait l’expérience personnelle. Le confinement rend audacieux, il nettoie l’esprit, recentre sur l’essentiel. La nuit est calme et froide. Je suis montée debout sur la rambarde, sans la moindre considération pour le vertige auquel je suis sujette. Je me suis remémoré mes leçons de plongeon, et j’ai décidé de ne pas pousser des pieds vers l’avant, mais vers le haut. J’ai gainé à fond, ouvert les bras façon Kate Winslett dans Titanic, empli mes poumons de l’air noir de la nuit, et je me suis lancée. Et je suis tombée. A pic. J’habite un cinquième étage, je commençais à me dire que si, finalement, c’était vrai, mais à hauteur du deuxième, j’ai réussi à cambrer, j’ai relevé la tête,  fixé mon regard vers le ciel, et mon corps a décrit une courbe ascendante, je suis montée, montée encore, pris de la hauteur… Je m’en doutais! On peut voler! J’ai tenté quelques figures, et ça marchait, j’ondulais, à gauche, à droite, un peu plus haut, puis vers le bas, j’ai même fait la planche comme si l’air était de l’eau, et j’ai plané, un peu au pif, le soleil a fait mine de commencer à se lever et pour ne pas l’avoir dans l’oeil, je lui ai tourné le dos, je filais vers la Normandie….

UnknownPuis mon euphorie a baissé d’un grade. Qu’est ce que je faisais là? J’étais en pyjama, en plein ciel, dépourvue d’autorisation de sortie, à la merci d’un contrôle, et sans la moindre idée quant à la technique d’atterrissage. Pas le moment de se fêler le calcaneum ou de se fracasser les rotules. J’en étais à me demander comment j’allais faire pour me poser, quand mon attention a été attirée par une lueur, provenant d’une de ces boucles de la Seine qui se referment presque sur elles même et créent, donc, une presqu’ile, on est dans le presque… Curieuse, je m’approche… J’entends de la musique, façon rumba, il y a du monde, ça danse, dans la lumière rasante, en pleine cambrousse… Je décide de me poser. Si je me casse quelque chose, je pourrai toujours appeler… Et bien vous savez quoi? Il faut que je vous le dise! J’ai touché terre comme une plume, à la manière de ces parachutistes qui atterrissent debout, en douceur, et se mettent à marcher tranquillement! C’était d’autant plus grisant que je n’avais pas, comme eux, de toile à plier!

imagesJe décide d’aller voir de plus près, je ne suis pas en tenue, mais il parait qu’il faut savoir se foutre de son apparence… Je cesse d’y penser car il y a bel et bien une fête, avec guirlandes de petites loupiotes, open bar, chaises longues et de la musique partout, mais pas trop fort, genre on peut parler, et des gens pieds nus sur le sable, un verre à la main… , La Seine clapote, une petite scène surélève un chanteur qui susurre une chanson douce… Je m’approche, je n’ai pas mes lentilles, je n’y vois pas super clair, mais ce chanteur, cette silhouette, cette carrure de géant, ce sourire, cette voix… Mais oui! C’est lui! C’est Pierre Benichou, qui interprète   »Si vas a Calatayud« , une de ses préférées… Je le savais! Pas le genre à disparaître, à nous laisser tomber! Il chante, évidemment! S’il attaque « Amapola« , (… »si je connais Amapola? tu plaisantes j’espère! c’est pour ainsi dire moi qui l’ai créée! »…) je le rejoins pour un de ces duos délectables qui n’enchantent que nous mais c’est déjà pas mal…Wait and see…

hqdefaultJe traine un peu, histoire de comprendre qui sont ces fêtards placides… J’ai un coup au coeur: mes parents dansent en se marrant, et mon amoureux de la fac, que je croyais emporté par le crabe en pleine jeunesse, sirote un mojito… Mais alors…. Non seulement on peut voler, mais elle était vraie cette histoire d’île avec Presley, Coluche et Claude François, sauf que c’est chacun la sienne! Et celle-ci, c’est la mienne… Ils sont là, tous, que j’ai aimés tout court, et aussi ceux et celles que j’ai aimé écouter, que j’ai aimé lire, que j’ai aimé admirer… Toni Morrison, Pete Seeger, Reggiani, Barbara, Che Guevara, Sagan, Norman Rockwell, Carl Larsson, Léopold Trepper, Brassens, Franck McCourt, Garcia Lorca, Louise Michel, Clara Campoamor, Alphonse Boudard, Frédéric Dard, Anne Vanderlove, Bretécher, Anémone, France Gall, Cavanna, Romy Schneider, Louis Malle, André Brink, Marylin, Benoite Groult, Pierrette Fleutiaux, Zola, Victor Hugo, Romain Gary, Mandela, Prévert, Fred Astaire, Colette, Jorge Semprun, Manuel Azaña, et tant, tant d’autres, qui brodent ma vie.

Vous savez quoi? M’en fous du virus…

images-1Mon île à moi. Tropicale, à deux encablures de Paris. Avec tous mes disparus dedans, à dispo, plus vivants que jamais. Pour y aller, pas besoin d’avion, ça tombe bien, des avions y en a plus. Je cherche un point en hauteur pour prendre de l’élan et rentrer chez moi, rassérénée… J’avise un cocotier, normand donc, c’est comme ça sur mon île. Je me hisse à son faîte comme si je cherchais une noix de coco, et parvenue sur la couronne de palmes, je m’envoie en l’air… Je fends le jour levant, en prenant de l’assurance au fur et à mesure, et en imprimant le trajet dans ma mémoire, pour revenir chanter avec Pedro et danser avec les autres… Vivement la prochaine insomnie!

Unknown-2Je me pose sur la rambarde, tout doucement… Mon lit m’attend, puis mon café, mon clavier et une nouvelle journée de confinement.

Le matin est encore tout petit, en ce mercredi premier avril…

 

3 réflexions au sujet de « J’ai essayé, on peut! »

  1. C’était donc vrai ! Pas un poisson d avril mais un oiseau d avril. Bel hommage pour votre ami journaliste. Le confinement nous cantonne chacun dans une île perso, pleine de vivants vibrants avec lesquels on peut partager ceux de l île de nos nuits. Merci pour ce vol avec vous.

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