je vous poste ça, entre st brieuc et nîmes...
Début mai. Je suis au fin fond de l’Espagne, je me la coule douce au bord d’une plage pour quelques jours encore. Un matin, coup de fil d’une antenne parisienne de la BBC. Une jeune journaliste me demande de réagir à la publication d’un ouvrage finement intitulé (à peu près) « Le guide des jolies femmes de Paris ». D’après elle, on y trouverait des « passages un peu sexistes ». Non ! Sans blague ! Avec un tel titre, il y aurait du sexisme ? Un peu ? Vu d’ici, ce machin a plutôt l’air d’un long passage sexiste à lui tout seul. Un guide d’êtres humains agréables à l’oeil d’un corniaud bas de plafond, à ranger entre le guide des meilleurs bistrots, le classement des bons hôpitaux, la liste des expos, des jardins publics ou des jeux video... Ça ne mériterait pas qu’on y jette l’ombre d’un cil, sauf que... Le faux chauffeur de taxi assassin de la jeune Susanna, le père incestueux autrichien, les Fourniret et les Alègre (Patrice), tous les tueurs de femmes forment le bataillon actif d’une armée sans nom. Ils sont ceux qui passent à l’acte. Ils franchissent le pas entre la théorie et la pratique. L’entretien de la théorie étant assuré par des cohortes de scribouillards en mal d’inspiration prenant la vague d’un océan de machisme si profondément inscrit dans notre culture qu’on n’y prête pas davantage attention qu’à l’air qu’on respire. Tant qu’on refusera de discerner la courroie de transmission directe entre l’objectivation permanente des femmes et la violence qui se déchaîne quotidiennement contre elles, on ne pourra pas prétendre lutter contre celle-ci. Avis au législateur. Primo Levi nous raconte comment en d’autres temps, sous d’autres cieux, des êtres humains étaient qualifiés de « stuck » (pièces), en nazi dans le texte. Réduire l’autre à un objet était la première phase de son anéantissement, celle qui rendait la suite possible. Preuve, s’il en était besoin, du rapport direct entre les mots et le réel. On dispose des femmes, on les juge, on les range, on les trie, on les classifie, on leur attribue bonnes et mauvaises notes... Comme c’est drôle ! Comme c’est léger ! Comme ça amuse ceux que ne guette pas le danger…
iA !