La misère humaine n’a pas de limites, la violence masculine encore moins. Ce matin, sur LCI, chaîne info, il est fait allusion pour la première fois aux violences sexuelles qui prolifèrent à Haïti depuis que d’innombrables femmes sont contraintes par le séisme à survivre comme elles peuvent et sont donc exposées à des dangers qui ne doivent rien aux catastrophes naturelles. Des bandes de types agressent, violent celles qui déjà blessées, parfois enceintes, souvent très jeunes, n’ont d’autre recours que de dormir dehors et même d’accoucher dehors. Ces violences n’ont rien de nouveau, elles ont été maintes fois dénoncées pendant la période du carnaval, mais ce qui est déjà atroce en période de fête devient encore plus ignoble dans le contexte actuel. Moi je le savais déjà. Non seulement parce que ma culture féministe me permet de savoir que toute période de bouleversement entraîne de façon automatique une augmentation des violences sexuelles et qu’il n’y a pas d’exception à cette abjecte réalité. Mais aussi parce que je regarde la télé espagnole. Et en Espagne, le service public de télévision, qui est capable, contrairement au nôtre, d’ouvrir le 20 heures sur une femme battue à mort par son compagnon, a traité cet aspect de l’après-séisme dès les tous premiers jours. Il a consacré de nombreux reportages à ce qu’on appelle tout de même pudiquement « violencia de género », violence de genre, alors qu’il s’agit bien de violence masculine à l’état pur. Mais ce manque de précision vaut déjà mieux que le silence quasi intégral que nous avons en France, et qui permet aux seuls polyglottes ayant accès à l’info en plusieurs langues de prendre conscience de cette lamentable lacune de nos systèmes informatifs. Et de notre terrible impuissance de citoyennes de pays riches, sous-représentées, privées de pouvoir réel, incapables d’organiser une solidarité effective avec nos sœurs haïtiennes. Je sais pas vous, mais moi, je suis pas fière, les filles.
iA !