balle dans le pied
par isabelle alonso - 22 avril 2008


Dans mon billet du 17 avril consacré à Aimé Césaire, j’écrivais qu’à mon sens, la sépulture du poète devait rester en Martinique. Mais je me réjouissais que l’idée soit venue à certain-e-s de lui offrir le Panthéon comme demeure ultime. C’est un débat qui a lieu d’être, le dernier mot revenant au principal intéressé et à sa famille. Pour autant, il appartient aussi à la République de rendre hommage aux Français-es les plus illustres. Il n’y a, à proposer le nom d’Aimé Césaire parmi ceux-ci, rien d’illégitime, au contraire. Ségolène Royal l’a fait. Si personne n’y avait songé, il se serait probablement, et à juste titre, trouvé quelqu’un-e pour le déplorer.

Le jeu politicien, apparemment, ne connaît pas de trève, même en plein deuil. L’inénarrable Yves Jégo, secrétaire d’Etat à l’Outre-Mer, aurait déclaré, si j’en crois le Figaro.fr , que "« la proposition de Ségolène Royal, pour lui, s’apparenterait à une « attitude néocolonialiste ». « Cela pourrait être vécu comme une captation de Césaire par l’Europe »". Et allons-y gaiement !

Qu’Yves Jégo ait le souci constant de ramener sa fraise fait partie des usages du personnel politique, mais il est des circonstances où le tirage de couverture frise le n’importe quoi. Faut-il avoir envie d’égratigner Ségolène Royal à tout bout de champ, pour tout et n’importe quoi, pour, en l’occurrence, la tacler de manière aussi sotte !

Néocolonialiste, le fait de proposer au Panthéon un grand homme qui le mérite à tout point de vue, un Martiniquais, citoyen français à 100%, et non pas ressortissant d’une colonie, rappelons le ? Dans l’esprit d’Yves Jégo, on sent comme une confusion. Il n’est besoin, pour le vérifier, que d’aller faire un tour sur son blog perso. On y trouve, dans son hommage au poète antillais, la perle suivante : « La nation salue le petit- fils d’instituteur, enfant de la République qui a su éclairer la face sombre de l’esclavage et du colonialisme ». Vous avez bien lu : « la face sombre de l’esclavage et du colonialisme ». Face sombre ? Doit-on en déduire qu’il en est une lumineuse ? La face radieuse du colonialisme ? La face riante de l’esclavage ? Yves Jégo, apparemment, est de ceux qui voient le côté positif du colonialisme. Heureusement qu’Aimé Césaire est parti sans avoir lu ça, il y a de quoi vous ruiner un repos éternel...

Est-il besoin de rappeler au subtil Jégo que, comme on a pu, à l’époque, le lire dans le Monde, Aimé Césaire, en décembre 2005, refusa de recevoir un visiteur qui souhaitait le rencontrer : Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur et président de l’UMP, le parti d’Yves Jégo. C’était juste après les émeutes de banlieue. Aimé Césaire se sentait Européen, faut croire, et solidaire.

En janvier 2007, Aimé Césaire ne se contenta pas de recevoir Ségolène Royal, il lui offrit son soutien à l’occasion de la campagne présidentielle.

Dans son obsession d’accabler Ségolène Royal, Yves Jégo nous rafraîchit la mémoire. Ce faisant, il tire contre son camp. Ce qu’on appelle en faire trop, et perdre une précieuse occasion de se taire.

iA !