mamà, III
Ce matin, sur le Mont Valérien, temps particulièrement pourri. Le ciel est d’une humeur de dogue, des bourrasques furieuses malmènent les branches, des tourbillons de neige giflent les vitres, l’air humide glace jusqu’à l’os. Par terre ça glisse et tout dégouline dans une lumière incertaine. Nous avons rendez-vous avec Maman, pour sa dernière apparition. Nous nous retrouvons dans le funerarium. C’est le moment de fermer le cercueil. Maman est habillée d’un drap brodé, un tissu lourd et fluide comme elle les aimait, magnifique. Bien tapadita, abrigadita. Nous glissons une photo de sa mère sur sa poitrine, face contre peau. Pour qu’elle soit rassurée et qu’elle sache bien où elle va. Et nous lui disons au-revoir, avant que ne soit scellé, devant un officier de police, son ultime couchette d’avion, très surveillée, doublée de zinc avant de monter dans le zingue. Non pas que l’on soupçonne Maman de jouer les filles de l’air, mais Vigipirate veille. Maman est hermétiquement protégée dans son berceau volant, et ça, c’est une idée qui lui aurait plu. Je pose la main sur le bois. No temas, Mamà. Nous ressortons, et regardons le fourgon prendre le départ vers Roissy. Le linceul de nuages qui étranglait le ciel s’est déchiré et un ciel lavé de frais est apparu, le soleil est pâle mais il fait scintiller la neige, et c’est comme si Maman nous disait, ok, message reçu, j’y vais. Prochaine étape, Madrid…
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