L’émotion étant un peu retombée, j’ose aborder la question de la catastrophe aérienne qui a squatté télé, radio et journaux pendant toute la semaine. Pour les victimes et leurs familles, c’est une tragédie. Certes. Mais le traitement médiatique tonitruant qui l’a accompagnée avait quelque chose d’obscène. Limite grotesque. Deux cents morts, bien sûr que ça fait horreur. Mais quid des 4000 morts annuels sur la route ? En quoi méritent-ils moins d’attention. Il y a quelques semaines, 20 000 morts civils au Sri-Lanka n’ont fait sourciller personne. La vie d’un pauvre, qui plus est lointain, n’émeut pas. Plus le mort est riche, plus il nous est proche, et plus les média s’égosillent. L’avion reste le moyen de transport le plus sûr du monde, et le risque zéro n’existe pas. Nous savons tous, au moment où nous montons dans un avion, que nous prenons un risque. Il n’y a pas d’injustice, pas de scandale. Juste un aléa. Que nous affrontons tous. Pourtant, les hommes politiques sentent qu’ils tiennent une occasion de montrer leur profonde humanité en allant se solidariser avec les familles et exposer leur chagrin dans des messes œcuméniques. Chaque époque sécrète ses ridicules. Il y a une différence entre valoriser la vie et valoriser la tristesse. Si vraiment on valorise la vie, alors toutes les vies sont de valeur égale. Quelle que soit la distance et le niveau de fortune.
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