Saint Etienne. Salon du Livre. Ma chère Angela m’a apporté des bonbons à la liqueur de verveine et de somptueuses cochonnailles. Je me régale des premiers et mets les autres dans ma valise. Au retour, je vais me la jouer remake de la traversée de Paris version TGV, môôssieu janvier, charcutier rue poliveau…
Qui est Angela ? Angela est devenue Angèle comme moi, jadis Isabel, je devins Isabelle. Par naturalisation de ses parents, espagnols républicains, comme les miens… Angèle est aujourd’hui une de ces citoyennes exemplaires qui offrent leur temps, leur culture, leur sensibilité aux assoces défendant toutes les races de chiots perdus sans collier. Généreuse, solidaire, chaleureuse. Héritière évidente des valeurs de la République, espagnole, française, peu importe, c’est les mêmes. Sauf que la défaite les dénude, les met à l’air quand il ne reste qu’elles pour se raccrocher à la vie, pour élever ses enfants. Une humaniste, tombée dedans quand elle était petite.
Elle vient me faire coucou à chacun de mes passages à Saint Étienne, où son père fut mineur. Samedi elle m’offre, donc, les présents mentionnés plus haut, prend une photo, m’embrasse et s’apprête à repartir, la foule est dense, quand je constate que mon stylo est tout desséché. Elle m’entend, se retourne : "J’en ai un, qui écrit super bien !". Elle ouvre son sac, fouille… La pensée qui me vient à cet instant, c’est qu’à ce moment précis, au delà des discours et des abstractions, elle est exactement une républicaine espagnole. Ce n’est pas assez d’avoir fait quarante kilomètres rien que pour venir me saluer, de m’avoir submergée de cadeaux. Elle peut m’aider, elle le fait, spontanément. Elle m’offre son stylo. "Aunque se quede sin él…". Même si elle doit s’en passer. Je sais, à ce moment là, que refuser ne sert à rien. Elle partage. C’est comme ça et pas autrement. C’est comme ça qu’elle a appris la vie. Le stylo, qui écrit effectivement très bien (quand on dédicace, c’est primordial), m’émeut davantage que tout le reste. Le geste d’Angela, c’est notre héritage commun.
Elle m’envoie ce matin une proposition de texte en solidarité avec Baltasar Garzon. Et comment !
iA !