couacs ?
par isabelle alonso - 19 avril 2008

c’est pas moi qui le dis ! parue dans "les échos" du 18 avril, sous la plume de Favilla, une chronique que je vous livre telle quelle et à laquelle je ne changerais pas une virgule !




LA CHRONIQUE DE FAVILLA

Cherchez la femme

"L’accumulation spectaculaire de faux pas dans la communication gouvernementale réjouit les chroniqueurs. Leur concentration sur une brève période ferait penser à de fâcheuses conjonctions astrales, ou à on ne sait quelle loi des séries. Or ils tiennent, pour les uns, à de graves défaillances d’organisation du travail, telle la remise en cause de la carte familiale de la SNCF, envisagée puis abandonnée ; pour les autres à des spontanéités d’expression qui détonnent dans la tradition établie du lissage des expressions publiques. Dans les deux cas, ils ne sont pas sans rapport avec l’exceptionnelle conjonction d’une situation économique adverse, d’un chantier de réformes chargé et d’une vigilance médiatique avide d’événements. Un gouvernement pratiquant une lâche gestion opportuniste éviterait de tels mécomptes pour lui-même, ne seraient ceux qu’il préparerait pour l’avenir du pays... Tout cela bien considéré, le phénomène reste saisissant. Il avait commenc é avec la déclaration de Christine Lagarde sur les perspectives d’une politique « de rigueur ». Cette énonciation d’une évidence la fit vertement réprimander pour délit de vérité. Depuis, toutes les ressources des synonymes et des euphémismes ont été mises à contribution pour dire la même chose. Quand Fadela Amara a qualifié de « dégueulasse » le sort fait à certains immigrés illégaux, elle fut tancée pour grossièreté, autre faute de vocabulaire. Rama Yade a été recadrée pour ses propos peu amènes à l’égard de Kadhafi, et une deuxième fois pour avoir évoqué des « conditions » à la présence du président à l’inauguration des Jeux de Pékin. Nathalie Kosciuszko-Morizet l’a été pour avoir évoqué la « lâcheté » et l’« inélégance » de son ministre et du groupe parlementaire de l’UMP, au lieu d’employer les périphrases codées en usage dans le milieu. Sur un autre registre, Roselyne Bachelot se prépare des lendemains agités pour avoir évoqué l’hypothèse d’une prise en charge des soin s optiques par les mutuelles, lesquelles ont enregistré des augmentations notables de marges. A y regarder d’un peu près, toutes ces prétendues fautes de goût relèvent de la spontanéité de l’expression, ou du dédain des propos cauteleux généralement de mise pour évoquer des problèmes douloureux. Au lieu de bêler sur le charme compassionnel qu’on attribue volontiers aux femmes en politique, on ferait mieux de saluer en elles l’efficacité bourrue de l’infirmière qui vous administre la piqûre pour votre bien. Leur préférence donnée aux résultats sur la rhétorique, à l’action sur la démagogie molle en vue de réélection traduit une autre manière de traiter le peuple enfant. Tels les pères volontiers absents, les politiciens l’ont habitué aux gâteries distraites pour avoir la paix. Ces femmes - grâces leur en soient rendues - le feront peut être accéder à une éducation mieux conduite. Pour l’instant, en tout cas, le peuple applaudit".

(n° 20155 du 18 avril 2008 - Idées - La chronique de Favilla)