La semaine dernière, coup de fil de Canal+, on me demande de donner mon avis sur un tunnel de pub diffusé sur TF1, acheté par un seul groupe de petit électroménager : aspirateur, mixer, sèche-cheveux, fer à repasser, etc, présentés comme de parfaits cadeaux de Noël, à la fois sexy et technologiques. Une cocotte-minute sous le sapin, ça fait rêver, non ?
Bien entendu, seules des femmes sont mises en scène dans la jouissive utilisation de ces ustensiles qui leur restent biologiquement réservés. L’émission « Pop-com » souhaite faire un petit sujet sur le thème : la pub ne serait-elle pas un repaire de vilains machistes, huuuh ? Et c’est pour illustrer cette déroutante et originale idée que je suis sollicitée.
Ce soir, dimanche, je regarde. De ce que j’ai dit, une seule phrase a été gardée. « Si on m’offre un ustensile de ménage comme cadeau de Noël, je le renvoie à la figure de celui ou celle qui me l’offre ! ». J’avais dit des choses un peu plus fines, mais chacun sait que le montage est une écriture qui raconte bien ce qu’elle veut.
Ce qui me pose problème, c’est que juste après, une petite animation me montre déambulant devant un sapin et armée d’un… rouleau à patisserie ! Le coup du rouleau, ça faisait longtemps ! Ce que ça donne à comprendre, au delà de l’intention affirmée de dénoncer le machisme de ces pubs, c’est qu’une féministe reste bel et bien une mégère. Et devinez l’idée que les téléspectateurs préfèreront retenir ? Celle qui dérange le quotidien et son immuable affectation des corvées ménagères aux nanas, ou la confirmation que quelle que soit la justesse de son analyse, une féministe est un repoussoir à qui aucune femme convenable ne saurait s’identifier ?
Toujours la même chanson : le sexisme c’est mal, mais le contester, c’est pire… De quoi décourager les vocations féministes. Voilà un tout petit rouage, mais additionné à des milliers d’autres, il assure la survie du système. CQFD.
iA !