Analphabète du féminisme

th-1Le 19 juillet, sur France 2, face à un Delahousse impavide qui lui demande de réagir aux attaques des féministes lui reprochant d’être « l’incarnation d’un machisme d’une autre époque » Eric Dupont Moretti commence par balayer l’objection par cette formule lapidaire : « C’est ça, oui… » puis prend une paire de minutes pour préciser son propos :

« On est allé sortir deux ou trois phrases de leur contexte, on s’est bien gardé de reprendre ce que j’avais dit ou ce que j’avais écrit…/…. le féminisme c’est une très grande cause…

th-2Plus aucun politicien n’affirme publiquement le contraire. De même que certaines femmes commencent leurs phrases par « Je ne suis pas féministe, mais… » puis confirment par la suite de leur phrase qu’elles le sont, vous ne trouverez plus aujourd’hui personne pour affirmer son antiféminisme, ça ne se fait plus, on préfère au contraire affirmer « Je suis féministe…mais » et tout est dans le « mais », qui confirme qu’en fait on ne l’est pas, et pire, qu’on n’a même pas compris en quoi ça consiste. Ça ne loupe pas :

..mais il est dévoyé quand il est excessif, je vais essayer d’aller vite, 

th-3Le féminisme, c’est que question de dose. Comme le sel dans un plat. Point trop n’en faut, sinon, ça gâche le goût. Trop, c’est pas bon pour sa tension, faut croire. Nous savons toutes que féministes, on ne l’est jamais assez.

…d’abord je suis pour une égalité absolue des droits des hommes et des droits des femmes et notamment sur le domaine salarial et sur cette question je suis féministe je vous le dis, sans avoir à rougir, je suis féministe,.. 

Bel effort ! Monsieur est trop bon ! Il est pour l’égalité des salaires ! Et il assume ! Sans avoir à rougir !  Mais rougir de quoi ? C’est sûr qu’il n’est pas dans l’excès ! C’est du féminisme homéopathique.

…j’ai dit que MeToo avait libéré la parole de la femme et que c’était un bien, j’ai dit aussi qu’il fallait absolument, et je l’a écrit, permettre aux femmes les plus timorées de dire les choses, j’ai dit qu’il fallait condamner les salauds qui se tenaient mal avec les femmes… 

 th-4Mais qu’est ce que c’est que ce galimatias ? Rien ne va dans ce discours. « Permettre aux plus timorées » ? D’abord  « permettre » n’est pas le mot juste. C’est du contraire qu’il s’agit. MeToo est le fil qui relie les témoignages. si elle attendaient qu’on leur permette quoi que ce soit, ces femmes auraient encore la bouche scotchée par le silence. Et « timorées » n’a pas de sens ici. Toutes les femmes qui parlent font preuve d’audace et de courage. Parfois brisées, pas timorées. Quant à « se tenaient mal avec les femmes » il se trompe de registre avec cette expression que ne désavouerait pas Nadine de Rothschild dans un manuel de bonnes manières. Il ne s’agit pas de bien se tenir . Il ne s’agit pas de politesse, de courtoisie. Il s’agit d’agressions, de violences, de crimes. Dirait-on d’un pédocriminel qu’il ne sait pas se tenir avec les enfants ?

…mais pour autant j’ai ajouté que la justice ne se rendait pas sur les réseaux sociaux, que la toile ne pouvait pas être le réceptacle de ces plaintes, que la justice devait intervenir… 

th-5Sur les réseaux sociaux, on s’exprime, si Maître le permet. Quant à la justice, parlons nous bien de celle qui condamne un violeur sur cent, c’est de ça qu’on parle ? De la justice qui correctionnalise les viols ? Des plaintes non saisies ? De cette justice écrite, rédigée, votée et appliquée par des hommes aussi compétents sur le sujet que notre nouveau garde des Sceaux ?

 …et j’ai dit aussi qu’il était arrivé, je termine, que des hommes soient accusée à tort, j’ai vu dans un procès qui a eu défrayé la chronique que des féministes excessives racontaient qu’il fallait instaurer une distance physique de sécurité entre les hommes et les femmes,..

Pour un homme accusé à tort, combien condamnés injustement ?  Et pour un homme condamné injustement, combien d’hommes coupables se baladent tranquillement ? On adorerait avoir ces chiffres…

…moi je ne veux pas vivre la moralisation comme on la connaît aux États-Unis. Je veux qu’un homme puisse prendre un ascenseur avec une femme, et la guerre des sexes, franchement, je trouve qu’elle est inutile. »

th-6Bouquet final ! Résurgence de la « moralisation », cette plaie qui s’ouvre dès qu’on aborde le sujet des violences perçues comme telles par les victimes mais pas du tout, ô surprise, par les agresseurs. Et ré-apparition de ce qui ne manque jamais dans un discours d’analphabète du féminisme fourré cynisme avec de vrais morceaux de mauvaise foi : l’ascenseur américain!  On ne l’a jamais vu celui là. Tout ce qu’il transporte ce sont des fantasmes de zobocrates craignant pour leurs privilèges. Parmi lesquels la « guerre des sexes » fait figure de cerise sur le pompon. Quand une guerre est toujours gagnée par les mêmes, c’est pas une guerre, c’est une oppression. Elle est inutile ? Mais non, cher Maître, elle tient tout l’édifice que vous défendez avec acharnement sinon pertinence.

Cette intervention est une synthèse. Dupont Moretti, apprécie le féminisme comme les dictateurs aiment la liberté. Dans les limites du bon goût. Son bon goût à lui.

th-7Je ne sais pas si j’ai envie de rire ou de pleurer. Rire parce ce discours n’est certes pas drôle, mais il est comique. On pourrait le prononcer avec un nez rouge et des godasses pointure 58. Pleurer parce l’homme qui le prononce est emblématique de toute une attitude face au féminisme. Il a la capacité de comprendre, il en a les moyens derrière son front en tôle ondulée. Mais il n’essaye même pas. Ça ne l’intéresse pas. Fermé comme une th-8huitre, caparaçonné comme un cheval de corrida, sourd et buté, il assène des lieux communs plus éculés qu’une blague de Bigard. Pleurer non pas pour ça, tant pis pour lui et sa pauvre misère, mais parce qu’il est notre ministre de la Justice. Il va nous soutenir comme la corde soutient le pendu.

3 réflexions au sujet de « Analphabète du féminisme »

  1. Mais bien sûr, l’ascenseur américain, cliché favori des machos ignares. Franco-américaine, j’ai constaté en effet que lorsque je prenais l’ascenseur dans l’université où j’enseignais, les hommes reculaient comme frappés de terreur quand ils voyaient qu’il y avait déjà une femme, et refusaient de monter. La bêtise crasse de ce stéréotype ridicule, à la fois machiste et anti-américain, serait cocasse si elle ne concernait pas un personnage politique essentiel dont les décisions–basées sur des pareilles inepties–peuvent détruire des vies.

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