J’ai pris la parole jeudi dernier à Verviers, en Belgique, dans une « maison de la laïcité », et je me suis sentie chez moi, dans ce lieu citoyen qui organise des conférences tournant autour de ce thème. La laïcité, gage de notre liberté. La religion est une prison pour femmes. Ou plutôt les religions. L’étanchéité entre politique et religion est la condition nécessaire, même si non suffisante, au respect de nos droits humains élémentaires.
Comme Jean-Marc le mentionnait hier, une fille de treize ans a été lapidée en Somalie. Elle s’appelait Aïcha Ibrahim Dhuhulow. Un nom de plus dans la sombre litanie du gynocide permanent, sur la liste interminable des génocides et massacres de toujours. Dire d’Aïcha qu’elle était innocente n’a pas de sens : rien ne justifierait l’ignominie qui s’est abattue sur elle. Pour ceux qui jettent les pierres sur une enfant, être violée collectivement est un crime puni de mort. On parle parfois de barnarie à visage humain. Elle n’en a pas d’autre. Aucun animal n’atteint ces extrêmes. La vérité est là : les femmes sont suppliciées partout dans le monde. Ceux qui nous gouvernent s’en contrefoutent. Ils ne se donnent même pas la peine d’émettre un de ces communiqués qui ne changent rien mais indiquent quand même, qu’on SAIT.
Quand certain-e-s d’entre nous en parlons, ici, les réactions se résument à : « Estimez vous heureuses, vous, les occidentales, vous avez de la chance » ou « Vous en parlez trop, ça lasse, c’est du victimisme… ». C’est vrai, ici on n’est pas lapidées. Mais il se passe des trucs, aussi. L’autre jour, une fille refusant un mariage forcé a été immobilisée par ses deux petites sœurs pour que sa mère puisse lui taillader visage et ventre. Admirable trio mercenaire de l’ordre ancestral. Y’a aussi un type gardé à vue après la disparition de trois prostituées. Il a été dénoncé par une autre prostituée qu’il avait torturée pendant plusieurs jours. Ça se passe aujourd’hui, en France. Trouver un exemple par jour ne pose aucune difficulté… A des degrés divers, une même violence : celle du machisme quotidien, ici, ailleurs, partout.
Pour ne pas oublier Aïcha et ses semblables, un roman : "La muette" de Chahdortt Djavann (Flammarion).
iA !