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à bas la retraite !
par isabelle alonso - 15 février 2010


La retraite des vieux ! La presse ne parle que de ça ! On va débattre entre « partenaires sociaux », j’ai nommé le gouvernement, les syndicats, le patronat. Il s’agit de fixer de nouvelles règles sur le combien ? et le quand ?. Il y a de plus en plus de vieux et ils vivent de plus en plus longtemps. Ils sont présentés comme une charge, un fardeau dont il faut bien s’occuper mais juste par scrupule humaniste. Le plus raisonnable serait bien évidemment de les tuer. A quel âge ? Faut voir, consulter les « partenaires sociaux ». Pour l’heure, on en est à déterminer l’âge de la retraite : 60 ou plus ? Et les cotisations : qui paye ?

L’âge : ceux et celles qui perdent leur job entre 50 et 60 ans n’en retrouvent pas d’autre. On va donc faire bosser plus longtemps ceux qui ont un travail, mais ceux qui n’en ont pas n’en auront toujours pas. On va une fois de plus submerger les uns de travail stressant et plonger les autres dans l’inactivité culpabilisante.

Qui va payer ? Les cotisations sont prélevées sur les salaires, le principe étant que pour cotiser, faut travailler. La retraite c’est pas pour les feignants, nom d’une pipe. Sauf que non. Pour cotiser il ne suffit pas d’avoir travaillé pendant de très longues années. Il faut avoir été payé pour ça. Exit donc le travail non payé, j’ai nommé les tâches domestiques et l’élevage des enfants. Qui se retrouve exclu ? Bingo ! Les femmes en général et les mères en particulier. Le système tel qu’il est a été pensé par les hommes pour les hommes, et les femmes récupèrent des miettes (20% d’écart de salaires, mais plus de 40% d’écarts de retraite !). La retraite est un redoutable accélérateur d’inégalités. Qu’en disent les « partenaires sociaux » ? Ne comptons sur aucun d’entre eux. Aborder cette question signifierait charger davantage la mule telle qu’elle est conçue aujourd’hui.

Et si on changeait la conception même de la retraite ? Il est temps de remettre tout le système à plat : qu’est ce qu’on fait des gens qui atteignent ce moment où on est en droit d’attendre non pas un repos intégral qui viendra bien un jour, mais des conditions de vie décentes pour tout le monde ? À l’âge qui annonce les fragilités à venir, on pourrait organiser une participation adaptée et gratifiante à la vie de la cité, avec un rythme propre et une reconnaissance de la richesse que représente ce gisement d’expérience. Pourquoi le financement d’une question aussi générale serait-il assuré seulement par les salaires ? Il y a beaucoup d’argent qui circule dans bien des réseaux, alors pourquoi ne pas imaginer d’élargir considérablement l’assiette de cotisations ? Après tout, les vieux d’aujourd’hui sont ceux qui ont construit notre prospérité, ils méritent notre reconnaissance, et les vieux de demain, c’est nous ! Repensons la vieillesse. Explosons les maisons de retraite, mouroirs indignes dans leur conception même, ghettos légaux symboles de nos peurs et de notre ingratitude. Et pensons à tout ce que les vieux peuvent nous apporter. Ils sont les grand-pères et les grand-mères dont nous avons tous besoin. Il me semble qu’aimer la vie, c’est l’aimer du début à la fin, en extraire tout le suc, jusqu’au bout. A bas la retraite ! Vive les vieilles et les vieux !

iA !