Exercice obligé, juste après les réveillons. Répétition de ces serments qu’on se fait à soi même, qui ont le charme des histoires qu’on se raconte juste pour se faire plaisir, en n’y croyant plus, depuis le temps qu’on se rejoue la même litanie… Cette année, promis, j’arrête la procrastination, poil à la résolution...
C’est aussi l’occasion d’exprimer des souhaits, d’ajouter du collectif, qui ne dépend pas directement de moi. Avec un cierge à Sainte Rita, ça pourrait réussir, sait-on jamais…. Qu’à partir de cette année, la charité soit remplacée par la justice. Pas la charité individuelle qui pousse à glisser une pièce dans la main du clochard ou la sébille du musicien de métro, ni la charité plus subtile qui fait feindre de croire au mensonge d’un enfant ou à l’excuse d’un ami. Non. Celle là, ça va. Elle n’a rien de choquant, fait juste partie de la vaseline sociale. Mais il y a l’autre. La charité publique, médiatique, claironnante, rugissante et boursouflée. La charity business, comme on dit si bien...
J’aimerais la fin de l’obscénité du « m’as-tu-vu-quand-j’donne », du « je-sais-pas-quoi-porter-à-la-soirée-tsunami prêtez-moi-du-Dior », du « je-fais-mon-intéressant-mais-c’est-pour-la-bonne-cause », la fin des restaus du cœur, du téléthon et des pièces jaunes. Certes, les initiatives individuelles qui ont créé ces structures sont généreuses et efficaces. Elles ne sont pas en cause. Mais elles reposent sur la démission et l’inefficacité de l’Etat. Il en résulte un spectacle. Une exhibition de ce qui devrait ressortir de la simple justice. Il n’y a pas à ramper pour ce qui revient de droit. La nourriture, la santé, et un toit. La dignité. Les pauvres, les faibles, les vaincus sociaux n’ont pas à mendier. Nous vivons dans un pays riche qui a les moyens de supprimer la case humiliation. À l’heure des choix budgétaires il faut changer l’ordre des priorités.
S’il y avait au gouvernement plus de bon sens ménager et moins de presbytie technocratique, ils sauraient qu’on achète le savon avant le parfum, le pain avant les bonbons, et les bottes fourrées avant les ballerines. Le vital avant le superflu. Pour l’État, ça devrait être pareil. Un toit pour chacun-e avant un sous marin nucléaire. La recherche médicale et des lits pour les parents d’enfants hospitalisés avant les voyages officiels pléthoriques et les frais de fonctionnement somptuaires. De quoi manger à sa faim avant les gaspillages divers et variés, maintes fois inventoriés, qui alourdissent la marche de l’état à la mesure de ce qu’elles allègent le portefeuille des citoyen-ne-s.
Il est temps d’arrêter l’hypocrisie. Arrêter de verser des larmes de crocodile sur l’abbé Pierre et Coluche. Leur rendre hommage en mettant en pratique ce qu’ils préconisaient. Quand ça sera fait, on vérifiera ce qu’il reste dans les caisses. Et on pourra toujours mobiliser les foules pour se payer les fantaisies citées plus haut. Ou pas.