"passe ton bac !"
par elise - juin 2004


Je suis en terminale économique et sociale. Ma classe se compose de 23 filles et de 5 garçons, la gente masculine préférant les filières scientifiques. On a déjà passé notre Première ensemble, on peut facilement imaginer que l’on se connaît bien et que l’on est à l’aise les uns avec les autres. Les meilleures notes sont à attribuer aux filles. Cependant sur 28 élèves, 4 participent oralement à tous les cours. Ces 4 personnes sont 3 garçons et 1 fille. Résoudre le problème !!! Toutes ces filles qui ont de bons résultats ont sûrement, elles aussi, des choses intéressantes à dire. Je ne peux pas croire qu’elles arrivent au lycée le cerveau vide et qu’elles apprennent tellement bien chez elles qu’elles peuvent tout recracher sur leurs copies ce qu’elles ont entendu en cours... Nos 3 jeunes hommes ont, dès qu’ils parlent, une légitimité : ils sont garçons. Ils parlent de façon didactique. Eux savent. Nous, nous devons noter. Ils prennent des attitudes de consultants de guerre pour CNN et leur ton péremptoire ne gène personne, hé non face à 23 filles ils ont raison. Ce n’est pas qu’ils aient le bagage intellectuel leur permettant de s’exprimer sur tel ou tel sujet, c’est juste qu’ils se sentent en position de s’exprimer sur tout même si c’est pour dire qu’ils n’ont pas vraiment étudié le dossier mais qu’ils vont le faire très bientôt et qu’on s’attende à des révélations, non mais ! (Je ne peux pas trop m’avancer sur la façon dont s’exprime la fille qui participe, puisque c’est moi. Il est quand même intéressant de noter que la seule personne de sexe féminin qui l’ouvre, est féministe). Ces jeunes filles ne donnent jamais leur avis sur rien. On leur a appris exactement le contraire. Etre discrête, laisser parler les autres (et surtout les garçons). Une fille "bien" ne fait pas de vague. Aux petites filles on dit avec un sourire "elle est sage" soit disant elle se tait, aux petits garçons avec le même sourire "il est éveillé" soit disant il s’exprime. Dès la petite enfance, les garçons sont tournés vers l’extérieur, vers le monde et les filles sont tournées sur elles-mÍmes, comme en perpétuelle introspection. Une rapide observation dans une cours d’école aboutit au résultat suivant : les jeux typiquement féminins se déroulent sur un petit périmètre (corde à sauter, élastique,...) alors que les garçons s’adonnent à des activités qui requièrent un grand espace (foot, guerre,...). Si les filles, ne prennent pas beaucoup de place, c’est surtout parce qu’il faut la laisser aux garçons qui investissent la cour. Etant donné que les enseignants ne s’opposent que très rarement à ce sexisme précoce, la situation ne change pas et la ségrégation spatiale devient de la ségrégation orale avec le temps. Le résultat est le même, les garçons occupent le terrain. Durant ma scolarité j’ai pu aussi observer que les élèves les plus faibles sont dissipés et se font sans cesse remarquer lorsqu’ils sont garçons, complètement éteints et silencieux dans le cas où ce sont des filles. La parole appartient aux mâles et en 13 ans minimum de scolarité obligatoire, le message est bien passé pour tout le monde (ou presque). On se laisse faire, on dit rien, OK ? Ah non, pas OK ?