la parité, pour quoi faire ? pour que ça change...
par marie-victoire louis - décembre 1996


Si la parité - autant d’hommes que de femmes dans toutes les structures décisionnelles - était mise en oeuvre, la société dans laquelle nous pourrions - et aimerions - vivre pourrait décider que :

* Le corps et le sexe humain seraient inaliénables. Aucun être humain n’aurait plus le droit d’acheter l’accès au sexe d’autres êtres humains. Aucune légitimation du proxénétisme ne serait plus acceptée.

* L’accès à la contraception et à l’avortement serait inscrit dans la constitution comme un droit intangible des femmes.

* La politique aurait pour objectif de remédier aux inégalités entre hommes et femmes ; tout choix, notamment budgétaire, serait décidé en fonction de son adéquation à ce principe. Un ministère de l’avancée des droits des femmes serait chargé de plein droit (y compris droit de veto) de la mettre en oeuvre.

* La politique internationale serait fondée sur le critère de la défense des droits des hommes et des droits des femmes. Toutes les conventions étatiques bilatérales qui reconnaissent l’application aux femmes étrangères, sur le territoire français, de codes de statut personnel seraient nulles.

* La lutte contre les violences masculines, machistes et sexistes serait une priorité politique. La poursuite ne dépendrait plus de l’accusation de la victime ; toutes les plaintes à la police pour violences seraient immédiatement instruites ; aucune ne serait traitée par la médiation pénale ; aucune déqualification des crimes en délits ne serait recevable ; la charge de la preuve serait inversée ; toute appréciation sexiste invaliderait le jugement ; les injures sexistes, homophobes et lesbophobes seraient illégales ; chaque entreprise devrait mettre en oeuvre une politique de lutte contre toutes les formes de harcèlement.

* Les livres scolaires seraient exempts de tout stéréotype sexiste. La place et le rôle des femmes et des féministes dans la littérature, l’histoire, les sciences, l’art, la politique y seraient reconnus à leur juste place.

* Les divorces seraient, comme les mariages, gratuits ; toutes les pensions alimentaires seraient payées ; l’Etat en serait garant.

* Les crèches, garderies, structures de soins pour personnes malades, âgées, handicapées correspondraient aux besoins, sans discrimination à l’encontre des femmes sans activité rémunérée.

Nous devons nous rendre à l’évidence : cette dynamique n’a pas été enclenchée. Le terme même de parité, qui incarnait cet espoir, ne figure même pas dans la constitution. Ceux et celles qui nous gouvernent savaient bien qu’une véritable parité dans la prise de décision ouvrirait la voie à une contestation des privilèges masculins, participerait de la construction de l’égalité entre les sexes et remettrait en cause les hiérarchies politiques décidées sans prise en compte de l’intérêt des femmes. Les femmes ne doivent être ni dupes, ni complices.