Katoucha est morte. Pourquoi certaines morts me touchent-elles plus que d’autres, je ne sais pas. Peut être simplement parce que je connais bien les quais de la Seine qui amarrent ces péniches où j’apprends qu’elle vivait, et que je n’ai jamais aimé l’idée d’habiter si près des eaux inamicales, froides et tourbillonnantes du fleuve qui l’a engloutie.
J’avais été émue, comme tant d’autres, par sa beauté, sa grâce, sa luminosité. Elle parlait d’excision, militait, dénonçait cette torture sans perdre son sourire, comme tant de femmes encore capables d’aimer, après le pire. Elle donnait à comprendre que même le glamour ultime des défilés de haute couture peut porter les traces indiscernables de la violence extrême. Violence cachée, tue, opaque, planquée dans les coulisses de toute la société, partout, tout le temps. Violence qui co-existe avec l’ordre établi au point qu’on se demande si elle n’en fait pas partie intégrante.
Les petites filles ont perdu une alliée. C’est dommage. Elles n’en ont pas tant à travers le monde...
iA !